RUSSIE
czar Paul Ier, qui voyageait incognito sous le nom de comte du Nord. Pendant son séjour à Paris, en 1782, il laissa la commande de quatre tableaux de six pieds de long. L’année suivante, par l’intermédiaire de son ambassadeur, le prince Yousoupoff, qui prit pour lui-même un petit tableau, il fit ajouter une Tempête de treize pieds sur huit. Mais, le tableau fait et reçu, il oublia le peintre, si bien que celui-ci fut obligé de réclamer, pour toucher, en 1783 seulement, les quinze mille livres qui en étaient le prix. N’oublions pas que cette Tempête peinte par Joseph Vernet pour la Russie fut plus tard reproduite en lithographie par son fils, dans la Galerie des peintres français de Chabert, ce qui valut à Carie, de la part du Czar, le cadeau d’une boîte enrichie de diamants.
A ces commandes ne se bornent pas les relations de Joseph Vernet avec les souverains de son temps. D’autres eurent le désir de voir ses œuvres sans songer à en emporter. On sait que, pendant la seconde moitié du xvm* siècle, Paris fut visité par plusieurs têtes couronnées. Le Journal de Wille nous donne le détail de la réception faite par l’Académie royale de peinture et de sculpture au roi de Danemark, le 8 novembre 1768. Le prince vit là réunis tout ce que Paris comptait de grands artistes. Mais plus d’un sans doute avait déjà présenté à l’illustre voyageur ses plus belles œuvres, ainsi que le fit Joseph Vernet. — « Le 11e septembre 1768 pour avoir
fait porter mes tableaux chez le roy de Danemarc
20 livres. » — En 1771, la même exposition à domicile se renouvela en faveur du roi de Suède Gustave HL En 1777, ce fut le tour de l’empereur d’Allemagne Joseph II, qui voyageait sous le nom de comte de Falkenstein. Les Mémoires du temps se sont plu à recueillir les bons mots tombés de cette bouche impériale. Joseph Vernet lui-même a cédé à la contagion de l’exemple, et
Estampe de la vue D’avignon. m
ce n’est pas sans une certaine emphase qu’il a écrit en grosses lettres sur une page de son Journal: — « Ce que j’ay entendu dire a l’Empereur : — Ce sonts les événements qui nous apprennent à nous connoitre; on ne parvient au vray principe que par la connoissance de soy meme et elle ne s’acquier que quant on a besoin de soy. — Voila ma maxime. » Enfin, en 1782, dans une lettre à son ami Girardot, Joseph Vernet parle d’une visite que madame la comtesse de Provence et madame la comtesse d’Artois doivent lui faire pour voir ses tableaux, ce qui lui fait beaucoup d’honneur, dit-il, mais lui cause beaucoup d’embarras.
On peut s’étonner que Joseph Vernet soit sorti de tant de mains princières vierge de croix et de rubans. Les choses ne se passeraient pas ainsi aujourd’hui. Mais alors la mode n’était pas encore venue de ces distinctions banales. Au lieu de recevoir, c’était l’artiste qui donnait aux princes. Joseph Vernet, dans ses vieux jours, en 1781, voulut faire graver la vue d’Avignon, qu’il avait peinte trente ans auparavant pour son compatriote Peilhon , et que possédait alors son autre compatriote, le joaillier Aubert. Il s’adressa à Martini. L’estampe, gravée à frais communs, fut dédiée au prince des Asturies, et quand Joseph Vernet fit la distribution des épreuves qui lui revenaient, c’est par le prince des Asturies qu’il commença. Il lui en envoya vingt-cinq. On trouvera à la suite du Journal le curieux document inscrit par Joseph Vernet sous ce titre : « Estampes de la vue d’Avignon que j’ay données. » — Comme la liste des visites pour le nouvel an, cette liste de distribution est le miroir fidèle des relations de Joseph Vernet à ce moment de sa vie. On y voit figurer, à la suite du prince des Asturies, les protecteurs illustres, les amis , les parents : — le comte de Montmorin, et le comte de Vergennes à côté de MM. Fructus, Michel et Trophe, négo-
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