‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 141 sur 232 · DERNIÈRES COMMANDÉS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES COMMANDÉS

ciants marseillais, fondés de pouvoir du peintre pouf toucher ses rentes, — le prince Doria, nonce du pape, — * les fermiers généraux Saint-Amand etRoslin, — les graveurs Née, Saint-Aubin et Cochin, ce dernier chargé de la vente ; — l’abbé Aubert des Petites affiches, — M. Bret, de la Gazette de France, — Hermès, facteur de clavecins et de piano-forte, — Le Gros, directeur du Concert spirituel, — l’abbé Cambasserez, — les clients du moment, Girardot, Paupe, La Frété, madame de Mory, — l’ambassadeur d’Espagne, agent du prince des Asturies, — le maître des novices de la Charité, supérieur du neveu religieux, — M. Guibert, le beau-frère, — Livio, alors fermier des tabacs à Avignon, — enfin il n’est pas jusqu’au boucher de la maison qui n’ait part à ces libéralités. Et c’est ainsi que des deux cents épreuves reçues pour son compte, Joseph Vernet en distribue une centaine, quand sa part dans les frais de gravure s’élève à la somme de l,ol)0 livres. Martini fut sans doute moins généreux.

Les commandes de cette époque mettent encore en scène quelques amateurs qu’on ne saurait oublier. En 1779 et 1780 arrivent successivement le marquis de Cossé et le duc de Luynes; puis vient M. Dumoutier, officier des grenadiers royaux à Rouen : celui-ci offre, en échange des tableaux demandés, vingt-cinq louis et deux copies d’Ignace, d’après Joseph. C’était un foyer d’amateurs que cette ville de Rouen, grâce à Descamps, qui y avait organisé une école gratuite de dessin. Après le président de Saint-Victor, après Dumoutier, voici M. Midy, beau-frère du peintre Bachelier, M. Bourgaux, chanoine de l’église de Rouen, M. Sozay, autre chanoine. Les abbés arrivent à la file, comme s’ils s’étaient donné le mot : l’abbé Alaume, l’abbé de Bellecise, évêque de Saint-Bricuc, l'abbé Courtois, doyen et vicaire-général de l’église de Grenoble. Ils savent à qui iis ont affaire, et

ils s’en rapportent au peintre du choix des sujets et des prix. Le président Bernard y met plus de façons; il a peur des tempêtes : un coucher de soleil et un clair de lune, toujours en calme. Le calme, en effet, sied aux magistrats, comme la grâce aux marquis. Il faut au marquis de Saint-Marc un sujet gracieux en paysage ou en marine. Le marquis de Paullianne veut un coucher du soleil avec des objets agréables, et un clair de lune avec des effets piquants de lumière. Citons enfin une sorte d’ex-voto en partie double, commandé par un banquier, la tempête avec un naufrage, et, d’autre part, des vaisseaux qui arrivent de l’Inde, et les parents et amis qui reçoivent avec joie les arrivants. Telles sont, en y joignant quelques noms inconnus, les dernières commandes du Livre de Vérité. Après le financier Dufresne et M. Barbot, s’inscrit, ainsi que nous l’avons dit, le fidèle M. Paupe. C’était le 28 octobre 1788. Passé cette date, Joseph Vernet n’ajoute plus rien à la longue et intéressante liste des « Tableaux qui me sont ordonnez. » Bien mieux que le recueil de Claude Lorrain, conservé en Angleterre, cette liste des commandes de Joseph Yernet mérite le titre de Libro di verità. Les merveilleux dessins qui composent le Livre de Claude en font un trésor d’art inappréciable ; mais, comme intérêt historique, le Livre de Joseph Vernet est, on l’avouera, bien supérieur. En effet, le recueil des ducs de Devonshire, commencé en 1648, terminé en 1680, ne représente que trente-deux ans de la vie de Claude ; deux cents tableaux seulement y figurent, accompagnés de notes vagues, tronquées, incomplètes. Rien de plus net au contraire, rien de plus explicite que les notes de Joseph Vernet : le nom du destinataire, la date de la commande, les dimensions, le prix du tableau, rien n’y manque ; le sujet est caractérisé en quelques lignes, et souvent, par le bonheur naïf de l’expression, par la grâce pittoresque du

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