‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 146 sur 232 · VOYAGE A AVIGNON · texte numérisé non relu

VOYAGE A AVIGNON

sant la triste satisfaction de demeurer leur héritier. En 1778, c’est Adam, c’est Lemoyne. La pension dont ils jouissaient passe sur sa tête. L’année suivante, c’est Chardin, et voilà la pension portée à 1,200 livres. Enfin, en 1781, c’est Soufflot, une de ses plus vieilles amitiés; formée à Rome, alors qu’ils étaient jeunes tous deux, elle avait survécu à l’absence et aux années. — «Le 26 janvier 1781 j’ay reçu de M. Coustou la somme de 2,400 livres que m’a laissé en leg feu M. Soufflot lorsqu’il m’a nommé son exécuteur testamentaire. » — Tout meurt autour de lui, et lui-même meurt peu à peu chaque jour et sent le le vide l’atteindre. Déjà l’esprit a perdu la mémoire du beau, le cœur à son tour perd le culte des souvenirs : — « J’ay vendu trois tabatières d’or, celle de madame Geoffrin et celle de madame d’Egmont 1,100 livres et celle de madame de La Frété 16 loüis, 384 livres, ce qui fait 1,484 livres. » — Ces reliques d’une jolie femme et d’une femme d’esprit, il les eût payées cher autrefois, il s’en défait aujourd’hui sans besoin, et il achète une Bible.

Comme s’il voulait achever de se détacher des choses de la terre, Joseph Yernet songea alors à revoir une dernière fois son pays natal, objet constant de sa tendresse. Le 15 septembre 1785 il partit pour Avignon avec Carie, non sans emporter un petit livre à dessiner. 11 était de retour à Paris le 15 octobre. Il avait dit adieu aux membres survivants de sa famille, à ce paysage, à ce ciel, à ces eaux qui furent les premières nourrices de son génie, et — n’oublions pas le détail positif que le bonhomme n’oublie jamais, — il avait dépensé 2,154 livres.

Par bonheur une source de joie lui reste, ses enfants. Madame Chalgrin l’a rendu grand-père, et c’est plaisir de le voir retrouver pour sa petite-fille la tendresse, les gâteries, les cadeaux dont il comblait jadis Émilie. D’autre part, Carie justifie chaque jour la prédilection de son père. C’est un peintre maintenant. A vingt-deux

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