‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 149 sur 232 · UNE CORVÉE DE CARLE · texte numérisé non relu

UNE CORVÉE DE CARLE

scrire sur une page blanche d’un de ses livres à lui les dépenses du voyage. Cette page est vivante. On voit le père sur le dos du fils, et ce dernier, un crayon à la main, cherchant dans sa mémoire ce qu’il pourrait bien inventer pour abréger la corvée : — «De Paris à Rome, écrit-il, j’ay dépensé environ 30 francs en menues dé penses, comme spectacle, gants, cravatte, etc... » Mais le père insiste : il veut des détails. Alors Carie d’accuser en chiffres ronds : — « A Rome, un gillet blanc, 10 fr.

— Des gants, deux paires, 4 fr. — Tapis de table, 40 fr.

— Spectacle, plusieurs fois , 3 fr. — Punch, plusieurs fois, 5 fr., etc. » Le café, les étrennes, le spectacle, les couleurs reviennent à tout instant. Mais enfin quand il a inscrit «une martingale, 10 fr.; 52 fr.. au tailleur, et 70 fr. de couleurs, » Carie, ennuyé, jette le crayon. Le père le ramasse, ou plutôt prend la plume et continue d’écrire sous la dictée du fils quatre ou cinq articles, et puis... Et puis Carie sans doute a fait un calembourg, le père a ri, il est désarmé, et la confession se termine. En dépit des efforts de Joseph Vernet. Carie se refusa longtemps à la gêne du Livre de Raison. Toucher l’argent et le dépenser, voilà son rôle. Inscrire les dépenses, c’est l’affaire du père, qui s’en acquitte si bien. Un jour cependant Carie achète aussi ses livres de compte et commence à les tenir. C’est qu’alors il a luimême charge d’âmes. Il est marié. On sait qu’il épousa en 1787 Fanny Moreau, la fille de ce dessinateur charmant en qui se résument les plus sincères qualités de l’art français.

Après tant de détails qui nous montrent Joseph Vernet sous toutes ses faces, il semble que son portrait soit complet. Ajoutons cependant un trait, sans lequel il manquerait quelque chose à la ressemblance. Déjà, par les citations empruntées au Livre de Vérité , c’est-àdire aux commandes, on a vu avec quelle facile élé-

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