‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 150 sur 232 · CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE

gance ce peintre, si bien maître de son pinceau, savait manier la plume. Telle description d’un tableau encore en projet égale presque, pour la poésie du sentiment et le tour pittoresque de la phrase, la peinture qu’il en fera. Les mêmes qualités se retrouvent dans sa correspondance.

Joseph Yernet écrivait beaucoup. Une note des Livres de Raison prouve que dès 1743 il avait la passion de la correspondance. Ailleurs il nous apprend lui-même que dans les quarante-cinq jours de son voyage à Dieppe il écrivit trente-huit lettres. Peu d’artistes, si ce n’est §gn petit-fils Horace, offrent l’exemple d’une telle fécondité épistolaire. Aussi les lettres de Joseph Yernet ne sont pas rares. On en rencontre assez souvent dans les ventes d’autographes. Nous avons relevé avec soin les extraits que nous donnaient les catalogues. La plupart se rapportent aux dernières années de sa vie. Un grand nombre sont adressées à l’un de ses meilleurs amis du moment, Girardot de Marigny. En voici une qu’un amateur de Paris, assez riche pour pouvoir prêter, et assez bienveillant pour le faire, nous a communiquée en nous permettant de la reproduire. On y trouvera plus d’un détail précieux pour cette époque de la vie de Joseph Vernet :

« A Monsieur Girardot de Marigny, rue Vivienne, hôtel Colbert.

« Monsieur et cher patron,

« Lorsque je fus payé du tableau que j’ay fait pour le grand duc de Russie, je plaçay une grande partie de cet argent, et garday le reste pour le courant de ma maison; j’ébauchay après un tableau pour M. Dufrenoy, notaiie, lequel, de son propre mouvement, voulut m’envoyer l’entier payement de ce tableau dès qu’il sçût que ce tableau étoit ébauché; c’est à la favenr de cet argent que j’ay fait un voyage à Avignon et que j’ay

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