‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 153 sur 232 · MORT DE JOSEPH VERNET · texte numérisé non relu

MORT DE JOSEPH VERNET

La mort et le jugement.

Le 3 décembre 1789 mourut, aux galeries du Louvre, le peintre que nous venons de suivre pas à pas durant sa longue et laborieuse carrière. Il mourut plein de jours, n’ayant plus rien à attendre des hommes ni de lui-même, bercé par le succès jusqu’à l’enivrement, comblé de toutes les satisfactions que pouvait désirer son cœur de père. Livio pourvu d’un bon emploi, Émilie mariée à un homme distingué et déjà mère d’une gracieuse fille, Carie époux de Fanny Moreau et père à son tour : que fallait-il de plus? Il avait joui d’une somme de bonheur qu’envieraient bien des hommes, et il léguait à ses enfants l’héritage de son bonheur.

Il leur léguait aussi un héritage de talent que son fils acceptait avec joie et dont il se montrait déjà digne. Le 24 août précédent Carie avait été agréé par l’Académie de peinture. Il entra dans la salle, précédé de l’huissier qui le présentait à chaque membre tour à tour. A chacun il faisait un profond salut. Mais quand il arriva devant son père, le vieux Joseph ouvrit ses bras, et en dépit de l’étiquette, le passé et l’avenir de la famille Vernet se confondirent dans une cordiale accolade. L’avenir en elfet ne devait pas faire mentir le passé. Seulement le vent soufflait d’ailleurs. Le génie héréditaire cherchait une autre direction. On avait vu Joseph Vernet, on avait vu François et Ignace se complaire aux grâces champêtres de la nature ou aux émotions de la mer. Entre les mains de Carie, déjà coiffé du casque de carton de Paul-Émile, le pinceau allait devenir une

Page 1