MORT DE JOSEPH VERNET
arme guerrière, qui plus tard couvrirait d’une gloire nouvelle son fils Horace, le dernier des Vernet.
Le Salon de 1789 fut pour Joseph Vernet l’occasion d’un suprême triomphe. Il s’y montra avec plus de quinze tableaux, ceux de M. Girardot de Marigny, ceux de M. Paupe, et un Coucher de soleil destiné à M. Imbert, chirurgien du duc d’Orléans. La critique comprit qu’elle ne le reverrait plus. Elle se fit bénigne et douce pour le vieillard et ne le salua que de bonnes paroles. — « Il est étonnant, écrivait le comte de Mende-Maupas, qu’à l’âge où le génie des Corneille étoit sans vigueur, le célèbre Vernet soit ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire sublime. » — «Et toi, Vernet illustre, s’écriait V Amphigouri, reçois mon hommage! Les louanges que tu mérites sont audessus de tout esprit humain ! »
C’est au bruit flatteur de cet applaudissement encore unanime que s’éteignit Joseph Vernet. Sa dernière maladie fut courte. Il en prévit le premier l’issue, et la mort le trouva préparé. Lui qui avait tant feuilleté le livre de la nature , il connaissait trop bien la création pour méconnaître le Créateur. Il s’endormit donc humble et confiant. Né le 14 août 1714, il avait, le 3 décembre 1789, soixante-quinze ans passés. Le lendemain son corps fut inhumé dans l’église de Saint-Germain-PAuxerrois, sa paroisse. La tempête des révolutions en a dispersé les cendres.
On serait mal venu aujourd’hui à penser de Joseph Vernet ce que pensaient de lui ses contemporains. Nos idées sur le paysage se sont étrangement modifiées. Les uns, confisquant la création à leur profit, en ont fait le miroir de leurs pensées plus ou moins augustes. Les autres, agenouillés devant le fait matériel, n’ont voulu être que les traducteurs d’une impression plus ou moins profonde. Entre ces deux écoles, le style et l’impression, Vernet s’est trouvé pris ainsi qu’en un étau. Le soleil de