S JOSEPH VERNËT DANS L'ART FRANÇAIS
position plus découpée, une exécution de pratique où ne s’aperçoit plus que le souvenir éloigné d’une nature absente. Toutefois ce ne sont là que des traits épars en différentes œuvres. En dépit des changements qu’apportent les années, la verve intérieure de Joseph Vernet se maintint presque toujours égale à elle-même. Peu de talents présentent pendant une si longue période une telle homogénéité.
Si maintenant, après cette analyse des qualités particulières de l’artiste, nous voulons le considérer dans l’ensemble de l’art français; si nous nous demandons quelle fut son influence, il nous faudra distinguer entre l’influence spéciale qui s’exerce sur les individus, et l’influence générale. La première, on peut le dire, a été négative. Moins d’un siècle après la mort de Joseph Vernet il ne reste plus rien de lui que ses œuvres. Quelques-uns seulement de ses contemporains entreprirent de le suivre dans sa voie. Loutherbourg, qui a tout essayé, tenta de lutter avec lui. Hubert Robert, Fragonard, lui empruntèrent ses cascades. Hue continua ses Ports de France. Henry, Volaire, Lacroix, Mettay, Lallemand, Beaugean, furent ses imitateurs de près ou de loin. Mais en définitive son genre n’a pu lui survivre. Dans le grand concerto du paysage moderne en l’honneur de la nature, vous chercheriez en vain un écho de cette voix jadis applaudie , tenorino léger, étouffé de bonne heure par les basses puissantes de l’école anglaise. L’Académie elle-même s’empressa de l’oublier. Vernet vivait encore, quand déjà Valenciennes remettait en honneur le paysage académique.
Mais, à un point de vue plus général, l’influence de Joseph Vernet fut grande. Le premier en France il mit la nature à la mode. Après les caprices champêtres de Watteau, après les mensonges effrontés de Boucher, la nature de Vernet, si arrangée qu’elle nous paraisse