UN FRÈRE TERRIBLE
connaissance de cause. Chemin faisant, on recueillit une commande du roi de Naples don Carlos, devenu plus tard roi d’Espagne. Le sujet choisi est une chasse aux canards sur le lac de Patria. Au milieu du tableau, une barque dorée conduit Sa Majesté, bien reconnaissable à son nez plus que bourbonien, et le prince son fds. Une autre barque suit, portant deux gardes du corps, et tout autour se pressent, dans une trentaine de bateaux, les principaux personnages de la cour de Naples. Autant de figures, autant de portraits. Le marquis de l’Hospital, ambassadeur de France, qui y reconnut le sien, voulut avoir une copie du tableau royal; et c’est celte copie, peinte à Rome en 1749, que l'on voit aujourd’hui au Musée de Versailles. L’exactitude historique n’ôte rien au charme du paysage, qu’enveloppent, sans le voiler, les vapeurs légères d’une belle matinée d’été.
A Naples, Joseph Vcrnet. retrouvait un de ses frères, peintre comme lui, qui venait de s’y établir. Ce frère se nommait Ignace; il était né le 7 juin 172G, et c’est Joseph, alors Agé de douze ans, qui l’avait tenu sur les fonts baptismaux avec sa sreur Elisabeth. Le bruit des succès fraternels l’attira en Italie, où il se fil l’élève de son parrain. C’était son droit. Il est tout naturel aussi qu’il se soit senti porté vers le même genre de peinture; et, s’il s’appropria la manière du maîtr# au point de devenir plus qu’un élève, un imitateur, on ne peut l’en blâmer. Joseph Yernct y trouva son compte en l’employant à copier les tableaux dont on lui demandait des reproductions. Mais ce qui est moins naturel, ce qui ne saurait échapper à un blAme plus ou moins sévère, c’est que Ignace Vernet n’ait pas craint de donner le change aux amateurs et au public en signant ses tableaux de la même signature que Joseph : J. Vcrnet. On- comprend, en présence de pareils procédés, que ce dernier ait jugé utile de mettre entre son filleul et lui quelques lieues d’intervalle. En