A .N N EX ES
La vente Cloa qui eut lieu en 1812, remit aux enchères des toiles déjà connues, les Baigneuses turques, de la vente Chardin, 660 fr. et l’un des tableaux de l’abbé Terray, les Abords d'une foire, devenus un Point de vue du port et de la ville de Beaucaire et vendus 2,460. On y voyait aussi une superbe pendule de Robin père, dont le cadran avait été peint par Sauvage, J. Vernet etTaunay. Elle se vendit 3,150 fr., le prix d’un beau tableau du maître.
A la vente Lapeyrière, en 1817, un seul tableau de Vernet, les Cascatelles de Tivoli, 7,050 fr. A celle de mademoiselle Thevenin , 1819, l’Incendie d’un port, des ventes De Felino et Dubois (1788) 1003 fr. A celle du peintre Diebolt, 1822, une Vue de Suisse et une Esquisse de marine. A celle de Delamotte, 1823, deux marines, données par Vernet à Balechou en 1754, dit le catalogue. En 1826, vente du comte de Fries à Vienne, un Brouillard, un Incendie nocturne et un Clair de lune, ces deux derniers signalés par l’expert Laneuville comme pouvant bien être de Volaire. En 1827 le chevalier Féréol Bonnemaison, une Marine; le baron de Bouillac, des Baigneuses et un Paysage, et Brunot, peintre et sculpteur, les deux curieux tableaux gravés par Tilliard, Jonas sortant de la haleine et Agar dans le désert. En 1828, Bousquin, deux paysages; et Brunetière, deux Marines; l’une est la Gondole italienne, de Duret, qui, après avoir traversé les ventes du Bailli de Breteuil, et de Boullongne est venue s’échouer au musée d'Avignon. En somme, les ventes de la Restauration n’offrent pas un grand nombre de tableaux de J. Vernet. La plupart de celles où il s’en rencontre sont des ventes d’amateurs secondaires ou de marchands.
Il n’en est pas de même sous le règne suivant. En 1830, Constantin, un Naufrage. 1831, mesdames de Frainays, une Tempête et un Calme. 1832, le musée Dioclétien, trois Marines. 1832, Boursault, la Vue des cascatelles de Tivoli, de la vente Lapeyrière, et un Naufrage. En 1833, madame Sirot, une Tempête, le plus bel ouvrage de J. Vernet qu'il y ait à Paris, dit l’expert Henry, auteur du catalogue, et de fait elle se vendit 4,900 fr. En 1834, Laffitte, une Tempête 3,000 fr. et un Calme, 2,800. La même année, madame de Limay, fille de l’amateur Desfriches, une Vue de la rade de Marseille au coucher du soleil, sans doute le tableau peint pour son père en 1788, 318 fr.
L’année 1837 vit le palais de l’Elysée se vider des richesses qu’y avaient rassemblées le duc et la duchesse de Berry. Il s’y trouvait quatre tableaux de J. Vernet, de trois pieds et trois pieds et demi de large, et de 30 pouces de haut, un Port de mer au soleil couchant, 1,350 fr., les Cascatelles de Tivoli, 3,150 fr., un Paysage au soleil couchant, 2,030, et une Marine, 2,010 fr.; 8,540 fr. les quatre. L’année suivante, à la vente Dubourg, on rencontre une Marine de 1781, de la vente Choiseul-Praslin, une Vue du lac d’Agnano et une Vue du cratère du Vésuve, ornées toutes deux d’un grand nombre de figures, peut-être les deux tableaux peints en 1739 pour le duc de Saint-Aignan. En 1839, la vente Sommariva fait repasser encore une fois sous nos yeux cette fameuse Chasse aux canards qu’ont possédée Villette, Randon de Boisset et Nogaret. Viennent ensuite, en 1841, la vente du comte Perregaux, où se re-
trouvent le Port de mer d’Italie et le Départ pour la pèche, de Le Bas, peints pour l’architecte Soufflot, vendus en 1780, 4,013 liv. et en 1841, 4,550 fr., et deux ans après, celle du marchand Dubois, dont le nom dépréciait si bien la marchandise, que les Femmes turques au bain, portées par la vente Chaadin à 1,200 liv. adjugées pour 660 à la vente Clos, ne purent dépasser 380 fr.
A côté de ces ventes françaises nous pouvons placer quelques ventes étrangères. En Angleterre, 1842, Daniel NV ade Acraman, àClifton, quatre tableaux de J. Vernet, 4,475 fr.; Hick, 1843, à Manchester, un Port de mer, 1,575 fr. C’est à peu près la même moyenne qu’en France. A la vente de l’amateur Duval, de Genève, qui eut lieu à Londres en 1846 , une Tempête, du cabinet de M. le comte Valicky fut adjugée 2,152 fr. Nous n’avons pas les prix de la vente du cardinal Fesch, à Rome, en 1844. Le catalogue décrit trois tableaux, tous trois gravés, les deux premiers par Ouvrier, Vue des Alpes et Vue des Apennins , le troisième par madame Le Gouaz, Temps serein.
Après les quatre panneaux du Salon de M. de La Frété, vendus en 1848 par les héritiers du comte Roy, et la vente Despinoy, 1850, qui n'exhuma qu’une Tempête et un tableau bizarrement désigné comme une Vue de l’aqueduc de la Grande-Chartreuse, il faut arriver jusqu’en 1852 pour retrouver J. Vernet. Alors se présente la vente Collet : une Vue de Tivoli, 3,000 fr.; une Marine, 2,525, et cet autre sujet de marine gravé par Hill, sous le titre le Pécheur encouragé. Vernet, dit le catalogue, le donna à Chalgrin, son gendre, en cadeau de noces. Défionsnous des anecdotes. Chalgrin l’aurait donc vendu à Pope, à qui il a appartenu? On retrouve le même sujet au musée de Rouen, catalogué sous le nom de Jean Vernet. D’ordinaire les musées de province ne brillent pas par la modestie. Rouen fait acte d’humilité en regardant comme une copie de Jean, ou Ignace, un tableau large et franc que nous croyons original.
Quelques ventes d’une importance secondaire , en ce qui touche J. Vernet, nous amènent à l’époque actuelle. En 1857, vente anonyme, une chute d’eau, de 1779, et les Bords du Tibre, de 1778, 2,150 fr. Même année, les ventes Marcille : dans la première, Jonas, 150 fr. et une Marine, 180; dans la seconde, une Vue de Rome. Même année encore, la duchesse de Raguse : une Tempête 860 fr.,une répétition des Baigneuses de Balechou 800 fr. En 1858, D’arbaud Jouques, un tableau signé (par qui?) 101 fr. En 1859, à Londres, lord Northwick : quatre tableaux, une Marine 425 fr.; un Port d’Italie, 850; un Soleil couchant 3,000, et le pendant 1,750; en tout 6,025 fr., moyenne 1,506.
Plus près de nous encore, deux ventes importantes ont fait, passer à l'hôtel Drouot des œuvres de J. Vernet. Nous n’avons pas assisté à celle de M. Piérard de Valenciennes, 1860. Il s’y trouvait quatre tableaux : les Cascades de Tivoli, une Marine et un Paysage. — «Peinture lourde et maniérée, » disait du premier la Gazette des Beaux-Arts. — « Très-beau tableau, répondait la Revue universelle des Arts.» — 11 fut vendu 5,000 f. La Marine était, suivant la Gazette , « un tableau très-soutenu de ton et le meilleur des trois,» — moins beau que le précédent, au dire de la
ANNEXES
Revue, 4,800 fr. Quant au Paysage, la Gazette le déclare peint dans la manière de Fragonard, 1,C00 fr. Enfin, à la première vente Demidoff, le 18 janvier 1863, nous avons vu un agréable tableau de J. Vernet, un peu poussé au vert, comme les Ports de France, un peu vide d’objets comme les marines peintes à Paris, mais animé de très-gentilles figures, toutes au plaisir d’un déjeuner champêtre, il a été vendu 4,000 fr.
C’est, on le voit, un fort bon prix , supérieur à la plus haute moyenne des venus Randon de Boisset et Robit. Mais il ne faudrait pas prendre pour base cette moyenne des grands jours. La véritable, celle qui ressort des différents prix que nous avons pu noter, sera, pour les ventes du xvhi® siècle, du vivant de Vernet, 1,988 fr. et pour celles de ce siècle, 3,091 fr. D’où il semble résulter que Vernet a grandi dans l’estime des amateurs. Toutefois ne tirons pas du fait des conclusions trop rigoureuses. Mieux vaut l’enregistrer sans commentaires et considérer maintenant sous une autre forme le talent fécond dont nou3 venons de tarifer la palette.
Les dessins de J. Vernet n'ont pas joui d’une moindre faveur que ses tableaux. Ils sont loin cependant de présenter le même intérêt. La plupart, au lieu d’études d’après nature, ne nous donnent que des compositions partielles, exécutées dans l’atelier. 11 faut excepter les grands croquis des Ports de France, conservés au Musée d’Avignon, dont on trouvera plus loin la description. Le catalogue de la vente de J. Vernet signale aussi, à côté des Beaux dessù is, un certain nombre de Vues de Suisse d’après nature, des études de figures, quelques croquis de vaisseaux. L 'Isographie a publié le fac-similé d’un de ces derniers : il est couvert de notes qui le rendent intéressant. Mais, en général, ce qua les amateurs demandaient à J. Vernet, c’étaient de Beaux dessins, c’est-à-dire des tableaux sans peinture. El l’artiste docile, jetait sur le papier des paysages et des marines, tantôt se servant de la mine de plomb, tantôt de la plume soutenue d’encre de Chine, ou bien des crayons noir et blanc sur papier de couleur. Chez les peintres d’histoire, ces compositions de premier jet ont un singulier attrait, parce qu’elles sont comme la fleur de la pensée du maître. Mais J. Vernet, ainsi que nous l’apprend sa lettre à Girardot de Marigny, reproduite page 179, n’aimait pas à faire des esquisses de ses tableaux. 11 composait directement sur la toile. Ses dessins ne sont que le jeu ordinaire de sa pensée, jetée avec une facilité voisine de la négligence, dans un moule d’une importance secondaire à ses yeux. On y rencontre parfois une vivacité incorrecte qui séduit, plus souvent une froide combinaison d’éléments pittoresques trop connus.
Les ventes contemporaines de J. Vernet n’offrent que de ces dessinslà. En 1772, Huquier : « Un Port de mer où se voyent deux vaisseaux à l’ancre, et sur le devant des matelots en différentes occupations; dessein de la première distinction, à la plume, à la pierre noire et lavé, 18 fr. » — En 1776, Lempereur : deux dessins, paysage et marine, à la mine de plomb et lavés; Basan les grava sous le titre de 1** et 2e Vues des environs de Naples. En 1777, Randon de Boisset : deux Vues d’eau, rochers et paysages avec figures, à la plume et lavés sur papier blanc, 425 liv.
En 1778, Bourlat de Montredon : deux Paysages, chute d’eau et figures, 300 liv.; deux Vues de ports de mer, ornées de figures, dessins capitaux, faits en 1753 et 1754, 450 liv. Ceux-là aussi eurent les honneurs de la gravure, et firent suite aux deux premières estampes de Basan, sous le titre de 2e et 3e Vues des environs de Naples.'
La même année, on rencontre à la vente Dulac deux très-jolis dessins, paysage et marine, à la pierre noire sur papier blanc et lavés à l’encre de Chine, 280 liv. — Dargenville (1779) n’en avait qu’un, un Paysage avec quatre figures, beau dessin, fait à Rome, au fusin, lavé d’encre, sur papier blanc. Vassal de Saint-Hubert (1779) en avait deux, des Pêcheurs au bord de la mer, et Quatre femmes près d'une fontaine, 472 liv. La vente Prault, 1780, comptait aussi deux dessins à l’encre de la Chine et à la pierre d’Italie, faisant pendant; l’un orné de rivières, rochers et arbres; l’autre représentant un Paysage étendu avec un pont et quelques figures, 192 liv. A la vente Chabot, 1787; à la vente Coder?, 1789; à la vente Paupe, 1792, ce sont toujours des dessins du même genre, Vne de rivière, Paysage orné de fabriques, à la plume, à la pierre noire, à l'encre de Chine, au bistre. De telles oeuvres méritaient bien d’être gardées sous verre, et c’est ainsi que le plupart se présentaient aux ventes, où elles atteignaient, on le voit, des prix assez élevés.
La mort de J. Vernet jeta dans le commerce tous les dessins énumérés par son catalogue, c’est-à-dire environ cinq cents. Dès lors le caractère des ventes commence à changer. On trouve bien encore, à la vente du marchand Constantin, en 1803, deux dessins à la plume, lavés d’encre de Chine mêlée de bistre, un Port de mer et un Paysage, très-terminés, provenant du cabinet de Lamure, qui se vendirent 851 fr., etqui aujout* d'hui appartiennent au Louvre, et à la vente de Prault, 1807, deux Vues d'Italie avec figures, pierre noire sur papier bleu, 215 fr. Mais déjà, dans l’immense collection de Paignon-Dijouval, 1810, à côté d’une Marine et d’un Paysage datés de 1767, et de deux autres compositions champêtres à la pierre noire, lavées d’encre, se rencontrent de vrais croquis, « un Portefaix se présentant à un marchand pour porter des marchandises qui sont à terre, à la plume, lavé d’encre, » et une « étude d'une longue Barque sur la mer, à la plume, lavée d’aquarelle, 1752. » En 1814, Bruun Neerguard met en vente une Vue de la douane de Ripa grande, à Rome, et neuf Paysages, études à 1a plume, lavés à l’encre ou touchés à la pierre noire, en tout dix dessins sur quatre cartons. En 1817, le marchand Constantin se débarrasse de vingt-et-un dessins, diverses études de Figures, Marine et Paysage, à la pierre d’Italie et à la plume, lavées d’encre de Chine. En 1820, la vente Auber livre aux enchères une suite d’Études faites d’après nature dans les ports de Toulon, Marseille, le goife de Bandol, Antibes, Cette, Bordeaux, Bayonne, Rochefort, La Rochelle et Dieppe, dessins à la pierre noire ou lavés à l’encre sur papier blanc, réunis en un volume in-folio, et c’est sans doute cette collection qu’Horace Vernet acheta alors ou plus tard, pour en faire présent au Musée d’Avignon. Le graveur Boissieu, 1831, avait aussi une Étude de barque, une Étude d’arbre cassé par l’ouragan, et des Pêcheurs près d’un bateau qu’on radoube. Enfin le baron Gérard, 1837, avait formé
ANNEXES
un recueil de 90 croquis de Joseph Vernet, parmi lesquels on reconnaît beaucoup de figures employées dans ses Ports de France, entre autres le croquis du vieil Annibal. En abandonnant les beaux dessins pour les croquis d’après nature, le goût des amateurs modernes a obéi à une sage impulsion. C’est à l’heure où la pensée de l’artiste B’évei lie, qu’il faut la saisir dans sa formule à peine ébauchée, le dessin. Avec un homme qui dort aussi peu que J. Vernet, et qui pense aussi vite, on n'arrive jamais trop tôt.