‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 24 sur 232 · INTÉRIEUR DE VERNET A ROME · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE VERNET A ROME

français, oubliant sa patrie,* semble vouloir se fixer pour toujours. Son existence a changé de face. Ce n’est plus le jeune artiste toujours en caravane, que rien ne peut retenir au logis. Époux et père, ses affections, ses travaux, l’aisance même dont il jouit, sont autant de liens qui l'enchaînent. La vie de famille commence pour lui. Si le lecteur veut pénétrer dans cet intérieur aimable, il faut qu’après avoir traversé les quartiers populeux de Rome, il gravisse avec nous les rampes qui conduisent à la Via delle quattro Fontane, rue solitaire, favorable à l’étude, toute peuplée aujourd’hui encore d’ateliers d’artistes. C’est là que demeure Joseph Vernet. Une robuste fille de la Campagna nous ouvrira la porte. C’est Anna Rosa, la nourrice de Livio. Mais sommes-nous bien chez un peintre? Une musique harmonieuse remplit la maison. Le violon et le clavecin, mariés à de jeunes voix, exécutent un morceau d’un sentiment élevé et suave, où vous reconnaîtrez l’inspiration habituelle d’un maître contemporain, mort depuis peu. En effet, le Stabat de Pergolèse est ouvert sur le pupitre devant lequel chante, accompagnée de son maître, la signora Virginia. Assis au clavecin, Vernet répète, pour la centième fois peut-être, ce chant inspiré, et il le répète les yeux pleins de larmes. Si vous lui demandez la cause de cette émotion, il vous dira que le Stabat fut composé dans son atelier même, et sur ce clavecin ; il vous en montrera les brouillons écrits de la main de Pergolèse; il vous racontera sa longue amitié avec l’artiste éminent, alors qu’inséparables l’un de l’autre ils échangeaient leurs inspirations. Les chefs-d’œuvre sortis de son pinceau, c’est à Pergolèse qu’il les doit. Pendant que le compositeur chantait en s’accompagnant, la nature se montrait à l’imagination du peintre plus suave et plus belle; la musique éveillait dans son âme le sentiment de la justesse et de l’accord ; sous son pinceau, les couleurs se fondaient en

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