‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 31 sur 232 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

En France. — Marseille et son Académie. — Salon de 1753. — L’affaire des Ports.

On a dit qu’il n’avait fallu rien moins qu’un ordre du roi pour décider Vernet à quitter l’Italie. Celte assertion, qui ne repose sur aucun fondement, reçoit des Livres de Raison un démenti formel. Il résulte de diverses notes, en apparence insignifiantes, que J. Vernet, avant de dire à Rome un adieu définitif, a fait plusieurs voyages en France. Ainsi, en mai 1751, il régie tous ses comptes, tailleur, marchands de couleurs et de toiles à peindre. Il cesse de payer son barbier jusqu’au mois de novembre. Il recommence alors, «doppo tornato del mio viaggio in Francia, » au retour de mon voyage en France, dit-il en propres termes. En effet, le voyageur a été vu à Marseille; un de ses contemporains en porte témoignage. Natoire, qui se rendait à Rome pour diriger l’Académie, écrivait de Marseille, le 6 octobre 1751, à son ami Duchesnes, prévôt des bâtiments du roi : « Nous avons été au concert lundy dernier, où j’ay rencontré l’illustre et l’universel Dandré Bardon; il arrivoi d’Aix dans l’enstant

un moment après nous avons fai eonnoissance avec M. Vernet et la soua signora esposa que veramente gratiosa. Il et aussi à la veille de son départ pour Rome. »

r.a JOSEPH VERNET EN FRANCE.

L’année suivante Ycrnet retourne à Marseille. Il y était probablement venu au mois de mai. La liste des Commandes prouve qu’il s’y trouvait encore en décembre. Mais le 26 de ce mois il est à Rome, puisque deux domestiques italiens entrent à son service aux gages de « cinque scudi et mezzo. » Enfin, le mois de mars 1753 retrouve en France, et toujours à Marseille, ce même peintre qu’un ordre royal pouvait seul, disait-on, arracher à l 'Italie. Mais celle fois c’est bien sans esprit de retour.

Quelle cause assigner à ces voyages? Faut-il y voir de la part de Joseph Yernel le simple désir de présenter à son vieux père sa femme et ses enfants, et le douloureux devoir de lui fermer les yeux? Mais ce motif explique bien un voyage, il n’en explique pas trois. Faut-il croire que la jeune famille fuyait Rome pendant la saison des fièvres? Mais, si Joseph Vernet tenait si fort à l’Italie, qui l’empêchait de se caser à Frascati ou à Albano, ou môme de pousser jusqu’à Naples, qui avait déjà fait bon accueil à sa personne et à ses œuvres? Si deux fois chaque année il passe la mer avec deux jeunes enfants, ou, fatigue plus grande, s’il traverse par terre, en allant et en venant, plus de deux cents lieues de pays, s’il vient s établir pendant six ou huit mois à Marseille, ville peu enthousiaste de peinture, c’est qu’un instinct puissant le rappelle dans sa patrie, sans qu’il soit besoin d’un ordre royal. Il n’ose cependant affronter à Paris un avenir plein d’incertitudes; il cherche à se créer, dans le Midi, une position qui lui échappe. L’hiver venu , il retourne à Rome, parce qu’à Rome il retrouve sa clientèle déjà ancienne et toujours fidèle, les voyageurs anglais, quelques seigneurs romains, et ces Français de passage qui en Italie se disputent ses œuvres, tandis qu’à Marseille ils passeraient devant lui sans le regarder.

La triple tentative de J. Yernet pour prendre pied sur le sol de la France finit par réussir en 1753. La patrie a

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