AMATEURS MARSEILLAIS
avoir des rochers, cascades, troncs d’arbres, etc. » L’exemple de cet homme de goût entraîna son beaupère De Selle, trésorier général de la marine, qui possédait aussi une riche collection vendue en 1761. Joseph Vernet eut encore à peindre pour Joseph-André de l’Tsle ou de Lyle, un des membres d’une grande famille écossaise établie à Marseille depuis près d’un siècle, six tableaux, ou plutôt six panneaux conservés jusqu’en ces derniers temps dans la maison qu’avait sans doute habitée cet amateur. Une partie de cette décoration est aujourd’hui à Nantes. Les deux plus grands panneaux sont restés chez un amateur marseillais. L’un est une tempête d’une belle qualité. Dans l’autre, qui représente une mer calme au soleil couchant, les figures, faiblement dessinées, se détachent en silhouette trop dure et trop sèche sur un ciel d’une limpidité et d’une fluidité ravissante. On voit aussi au château Borély une petite tempête peinte évidemment à la même époque.
A côté de ces nobles noms, des noms plus roturiers s’inscrivent aussi sur les livres de Joseph Vernet. Tel M. Bourlat, négociant, qui dans le catalogue de sa vente érigea en titre de noblesse sa bastide du quartier de Mont-Redon. Ses goûts, cependant, sont bien ceux d’un bourgeois. Car pour le tableau qu’il demande il ne désigne ni le sujet ni la grandeur, il veut seulement que le peintre fasse en sorte «qu’il y ait une figure qui soit le portrait de madame son épouse.» Poulharicz, un autre négociant, trouva l’idée sublime. Confisquer l’intérêt du paysage au profit d’une figurine d’un pouce de haut, n’est-ce pas admirable, en effet? Du moins ne demanda-t-il à Vernet que ce qu’il avait fait déjà plus d’une fois et ce que d’autres peintres avaient fait avant lui, c’est-à-dire de se peindre lui-même. Les deux commandes de M. Poulhariez ont sauvé son nom de l’oubli.