NAISSANCE DE JOSEPH VERNEÎ
rité bénie qu’un patriarche lui eût enviée ! L’artiste décorateur n’y trouvait pas son compte. Aussi s’efforçait-il de faire de ses enfants des peintres, pour l’aider dans ses travaux. Quatre de scs fils répondirent aux espérances paternelles. L’un d’eux surtout laissa voir de bonne heure qu’il les dépasserait.
Né le 14 août 1714, le second de la famille et l’aîné des mâles, celui-ci avait reçu à son baptême les prénoms de Claude-Joseph. Par quelle heureuse inspiration, le père donna-t-il pour parrain au nouveau-né le plus grand paysagiste de l'art moderne? Il semble que Claude Lorrain ait répondu à cet appel. Comme les fées bienfaisantes qui apparaissent dans les contes, il semble qu’il ait voulu douer son protégé des qualités qui formaient l’apanage de son génie, le sentiment de la lumière dans le paysage, l’amour des vastes horizons, l’art d’exprimer sur la toile le vague de l’air et les vapeurs légères que l’on voit flotter au-dessus des eaux.
Un atelier de peintre fut le berceau de Joseph Vernet. Son éducation s’y fit toute seule. Encore aux bras de sa mère, s’il pleurait, on lui donnait un pinceau, et nul jouet ne lui plaisait davantage. Pour essayer ses premiers pas, il courut de la boite aux crayons à la boîte aux couleurs. Ses petites mains ne se lassaient pas de barbouiller du papier. A l’âge où l’intelligence de l’enfant s’ouvre aux idées, les premières qui pénétrèrent dans la sienne furent des idées d’art, les premiers mots qui sortirent de sa bouche les noms des choses du métier. De môme que les enfants gâtés, en croquant des friandises, apprennent à dire : « Oh! que c’est bon ! » on lui montrait l’ouvrage de son père et on lui faisait dire : « Oh ! que c’est beau ! » Le jour où il sut vouloir, il voulut faire comme son père. A cinq ans il commençait à dessiner la tête. A huit ans il reçut en cadeau palette et chevalet; et avant qu’il pût s’écrier : « Et moi aussi je suis peintre, » il l’était.