‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 5 sur 232 · PREMIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES

Les modèles cependant n’abondaient pas autour de lui. Quelques gravures, quelques plâtres oubliés sur une étagère poudreuse; l’enfant sut les découvrir. Il les emportait dans un grenier devenu sa chambre, s’y enfermait et passait des journées entières à les copier minutieusement. Mais le véritable modèle qu’il étudiait sans le savoir et dont son imagination retenait tous les traits, c’était la nature au milieu de laquelle il vivait, cette campagne du pays d’Avignon, si riante et si belle qu’à son aspect on comprend qu’elle puisse former un peintre. Placée entre deux grands cours d’eau, plus voisine du Rhône que de la Durance, la ville d’Avignon se serre autour du rocher que surmonte le palais des Papes. Devant elle une île immense coupe en deux bras le lit du fleuve. Des bouquets de peupliers, de bouleaux, de trembles, des touffes de saules, des mûriers y rompent la monotonie des champs cultivés. Sur la rive opposée s’élève le bourg de Villeneuve, et son fort aux murailles fauves. Les cyprès, les pins, les chênes verts festonnent le sommet du coteau. Le Rhône en baigne la base, et, roulant ses eaux rapides sous la montagne de la Justice, il va se répandre au milieu de la plaine où l’attend la Durance.

Tels sont les premiers tableaux qui parlèrent à l’imagination du jeune peintre. Il en garda une impression que rien n’effaça jamais. Joseph Vernet a peint autant de paysages que de marines, et ces paysages, ce sont toujours des vues de rivière, avpc des peupliers sur le bord et des rochers couronnés de fabriques rustiques ou de quelque antique château. L’Italie lui offrira des sites plus pittoresques; mais il reviendra toujours à ce simple paysage, souvenir de sa ville natale, comme on aime à répéter les vieilles chansons qui ont bercé la première enfance.

Antoine Vernet comprit de bonne heure le parti qu’il pourrait tirer des dispositions précoces de cet enfant. A

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