SÉJOUR A BORDEAUX
vaient en même temps de Paris. Pour M. Lenoir, une marine au soleil levant, « avec des figures en habbits lévantin ou grec. » Pour le marquis de Yoyer d’Argenson, honoraire-amateur de l’Académie de peinture, quatre tableaux, les quatre faces du talent de Vernet, c’est-àà-dire la tempête, le port de mer à l’effet du brouillard, le paysage au lever du soleil, et le paysage au soleil couchant. Ce ne sont pas les commandes qui lui manquent, c’est lui qui manque aux commandes. Roussel, fils du fermier général, de passage à Bordeaux, heureux d’y rencontrer Vernet, lui donne carte blanche : autant de tableaux qu’il voudra, sujets, mesures, prix et temps à sa fantaisie. La fantaisie du peintre le prit si à l’aise avec le temps, que M. Roussel n’eut jamais rien.
La plus curieuse des commandes de cette époque est celle-ci : — «Pour M. le bailly de Fleury, un tableau de huit pieds de long, qui doit représenter son expédition de Tunis avec toute la marine de Malte. Le prix est de 4,000 livres, et il doit être fait dans l’espace de trois ans d’àprésent juillet 1758.» — C’était ouvrir au talent souple et facile de Joseph Vernet un horizon imprévu; c’était en quelque sorte le mettre aux prises avec l’histoire. Lui qui savait si bien grouper autour d’une action des figures vivantes et jeter le mouvement dans une foule, à quels succès ne devait-il pas s’attendre, s’il abordait le genre des batailles navales, si cher au pinceau de Vandc Velde et de Backuisen? Le tableau du bailli de Fleury ne fut peut-être jamais peint, car on n’en trouve pas de reçu. Assurément il ne fut jamais exposé. Cependant, près de trente ans plus tard, Joseph Vernet se souvint de celte commande. Il fit coup sur coup deux batailles navales, l’une qui a appartenu à M. de Montaleau, et que l’on retrouve en 1809, à la vente d’Emlcr; l’autre, qui fut exposée au Salon de 1787, était destinée à M. Girardot de Marigny. Un critique y relève de graves défauts,