‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 47 sur 232 · UN MYSTÈRE GALANT · texte numérisé non relu

UN MYSTÈRE GALANT

et tout justement ceux que l’on s’attendrait le moins à rencontrer chez un tel peintre : — « L’action ne m’a pas paru offrir assez de mouvement. Plus de désordre dans les agrès, plus de monde sur les bords, au haut des hunes, le long des vergues, aurait, en rapprochant aussi les vaisseaux de la vue, augmenté les détails, et par conséquent l’intérêt. » — En 1787, Joseph Vernet était bien vieux : ces critiques n’ont rien qui doive surprendre. Mais on peut s’étonner qu’en 1758, quand le bailli de Fleury lui demanda un combat naval, il ait négligé cette occasion d’une gloire nouvelle. C’est que Vernet était bien de son siècle. Le genre qu’il avait créé lui suffisait, comme il suffisait au goût de son époque, plus libertine que guerrière, plus éprise de fausse philosophie que de victoires et de conquêtes. Épier les baigneuses au coucher du soleil, jouir en société des plaisirs de la campagne, ou rêver seul au fond d’un frais vallon, s’attendrir sur un incendie, verser de douces larmes au spectacle d’une tempête, le dix-huitième siècle n’en demandait pas davantage, et Joseph Vernet n’aspirait pas à lui donner plus.

Aussi bien, tous les amateurs des œuvres de Joseph Vernet n’étaient pas des guerriers de la force de M. le bailli de Fleury. Le 1er juin 1758, une main, plus habituée à manier l’éventail que l’épée, écrivait au peintre des tempêtes, en remerciement d’un tableau, une lettre à laquelle il ne manque que la signature pour que l’on sache à quelle femme d’esprit il faut l’attribuer. Mais est-il bien nécessaire de le savoir? A cette époque de la vie de Joseph Vernet, deux femmes également capables d’écrire une charmante lettre sont en relations avec lui. L’une est madame GeofTrin, pour laquelle il a peint déjà plusieurs tableaux ; l’autre est la piquante d’Egmont, ainsi que la nomme Marmontel, cette trop digne fille du maréchal de Richelieu, à qui rien ne manquait de ce qui sert à plaire, pas même l’air de la volupté, ni, s’il faut

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