JOSEPH VERNET A BAYONNE
mais sans doute la santé de sa femme ou de ses enfants le retenait. Enfin, il partit seul avec son domestique de confiance, nommé Saint-Jean ; il arriva à Bayonne le 9 juillet. Sa famille ne vint l’y rejoindre que le 21 octobre.
Quoique seul dans ce pays nouveau, Joseph Vernet n’y perd pas son temps : «Une partie au Boucaut pour dessiner, un piquenique chez M. Desbicis, une excursion ù Biarritz, une promenade en mer. » C’est ainsi qu’il prélude aux tableaux de l’Itinéraire en se familiarisant avec l’aspect des lieux qu’il a à peindre. Puis, il cherche le meilleur point de vue, aux Tillioles, au parc : enfin, il fait provision de détails en dessinant au vol, moyennant une pièce de 24 sols, les Basques et les Basquaises qu’il rencontre sur les quais.
Une fois la famille réunie, les plaisirs redoublent. Il y en a pour tous, petits et grands. A Livio un bel habit, une écritoire, une bourse à cheveux, et les Aventures de Télémaque; à Carie, qu’on appelle Chariot, des jouets d’en fant, à tous deux la lanterne magique. Aux père et mère, les excursions à Biarritz, voyages à Saint-Jean de Luz, dîners chez Pascallon, comédie, visite à l’évêque, sans oublier la chasse et les porteurs. Désormais, dans les Livres de Raison, les détails familiers abondent ; Joseph Vernet a pris pour lui tout le souci du ménage : la signora Virginia lui en abandonne la direction. C’est lui qui note les moindres dépenses du logis : pas un petit écu, pas un denier ne sort de la maison sans qu’il l’enregistre au passage. Ces préoccupations domestiques chez un peintre sont un fait anormal dont la révélation ajustement étonné les critiques qui nous ont fait l’honneur de lire notre premier essai. Le doyen de la critique d’art, M. Et. Delécluze, se demanda 1 s’il n’y avait pas incompatibilité radicale entre des soins aussi bourgeois et la liberté d’al-