LA VUE DE ROCHEFORT
Rocheforl et la vue de La Rochelle : il fallait encore un tableau de la rade de l’ile d’Aix avec la vue des îles de Rhé et d’Oléron, et un tableau pour la pèche de la sardine aux environs de Belle-Isle. La Rochelle offrait donc à J. Vernet un centre d’opérations commode. Il y trouvait un séjour plus agréable, et, disons-Ie aussi, plus sûr. Car, il ne faut pas l’oublier, en 1762 la France était en guerre avec sa puissante voisine, l’Angleterre. Tout l’effort de l’ennemi se portait sur les côtes de l’Ouest. Rochefort, à qui la grandeur de ses établissements donnait déjà l’importance d’un port militaire, pouvait exciter de dangereuses convoitises. C’est de là que partaient les navires de commerce à destination de nos colonies. C’est là que rentraient ceux qui avaient pu échapper à l’escadre blanche ou à l’escadre bleue. La flotte anglaise croisait précisément alors à l’embouchure de la Charente. J. Yernet se contenta, après avoir pris pied à La Rochelle, de faire seul à Rochefort deux voyages. La première fois il n’y passa qu’une semaine , le temps de chercher le point de vue et d’emporter un croquis. Au deuxième voyage, un mois lui suffit pour recueillir tous les éléments de son tableau qu’il vint terminer à La Rochelle, loin des canons anglais. Toutefois l’ennemi se conduisit à son égard avec une courtoisie toute française. Le commandant de l’escadre, informé que le célèbre Vernet se trouvait à Rochefort, l’invita poliment à lui faire visite. Le peintre, en effet, se rendit à bord; il y reçut de ses confrères en marine un accueil flatteur, écho de l’admiration généreuse dont l’Angleterre entourait le nom de Vernet.
Nul tableau ne montre mieux que la vue de Rochefort l’ingratitude de la tâche confiée au peintre des ports de France. Un pays plat, une rivière à fleur de terre, sans quais, sans digue, sans écluse, une ville à peine vieille d’un siècle, des rues tirées au cordeau, de grandes cons-