LA VUE DE LA ROCHELLE
tructions basses alignées avec un rigorisme militaire; point de port, car on ne pouvait appeler de ce nom des navires rangés à la file : jamais J. Yernet n’avait rencontré des conditions plus défavorables. Où se placer, pour concilier les exigences de la topographie et les lois du pittoresque? Le peintre aux abois, n’osant monter sur un clocher, s’assit tout au bord de l’eau; grâce au coude que forme la rivière en cet endroit, il put présenter sur sa toile la perspective de la corderie à droite, et au fond celle de l’hôpital; une cale couverte apparaît timidement entre les deux. La ville est derrière. Pour garnir la plage immense qui occupe tout le premier plan, le malheureux dut se mettre l’esprit à la torture. Le dessin original témoigne de ses angoisses. Il est couvert de notes qui indiquent un groupe, un détail . « soldati che vanno a montare la guardia, sono incirca 2o à 30...» On dirait que Vernet est venu pendant plusieurs jours de suite s’asseoir à la mémo place, attendant le motif qu’il cherchait. Ce motif est un débarquement de marchandises; malgré l’esprit de l’arrangement, des physionomies et des accessoires, il remplit mal le vide du tableau. Au second plan, un feu de calfals produit une fumée épaisse qui étolTe un peu le ciel. Les lointains sont peints avec une grande ünesse : l’effet de lumière a de l’éclat, et le ton général, plus travaillé que dans d’autres tableaux, est aussi d’une qualité supérieure. Diderot a eu raison de dire : « Son port de Roehefoi I est très-beau; il fixe l’attention des artistes par l’ingratitude du sujet. »
La Rochelle offrait au contraire un point de vue des plus pittoresques. Aussi le peintre s’en est donné à cœurjoie. «Voilà ce qu’on peut appeler un ciel, s’écrie Diderot; voilà des eaux transparentes; et tous ces groupes ce sont autant de petits tableaux vrais et caractéristiques du local... Regardez le port de La Rochelle avec une lunette