VERNET ET M. COROT
sans doute à moins charger son ciel d’incidents inutiles, il eût mieux fait de respecter pieusement, comme M. Corot, la lourdeur et la gaucherie des arbres du quai, au lieu de les dissimuler derrière une de ces machines vertes que son siècle et lui n'ont pas craint d’appeler des arbres, sans égards pour la nature qui n’en fit jamais de pareils. Mais quant à la transparence des eaux, quant à la finesse des demi-teintes grises qui argentent le côté non éclairé des maisons, quant à la souplesse du ton local lui-même, le tableau de Yernet n’a rien qui doive le céder à celui de M. Corot, passé maître cependant en ces sortes de délicatesses. Il est superflu de parler des figures. Celles de Vernet, mieux massées ici qu’ailleurs, ne pèchent, selon leur habitude, que par excès d’esprit, un défaut qui se fait aisément pardonner. Après avoir loué M. Corot de la sobriété de ses groupes qui ne dérobent rien à l’intérêt du paysage, on s’arrête encore volontiers à bavarder avec les matelots de Vernet; on écoute la querelle de ces deux marchandes de marée, coiffées d’un chapeau de paille à coup de poing; on sourit à cette aimable fille en robe bleue, au corsage fleuri, arrêtée avec une demoiselle parée de soie rose que promène un galant en habit grissouris. On s’intéresse même à ses scieurs de bois, et l’on regarde avec curiosité les costumes variés des Poitevines, des Saintongeoises et des Olonnoises que le peintre a convoquées du fond de leurs provinces pour égayer son premier plan. Le port de La Rochelle de M. Corot est un paysage où rien ne trouble l’impression de la nature; celui de Vernet est un portrait multiple dans lequel la nature se reconnaît aussi ; mais, ainsi que le veut la vérité, l’homme y tient la première place.
A Rochefort et à La Rochelle Joseph Vernet ne put former que de fugitives liaisons , trop tôt rompues. Il y trouva cependant des amis qui ne le laissèrent pas oisif. Si ses relations avec madame Raynaud , M. de Cullan ,