‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 62 sur 232 · JOSEPH VERNET A PARIS · texte numérisé non relu

JOSEPH VERNET A PARIS

mencée avec tant de zèle et tant d’éclat. Ses propres dégoûts, la pénurie du trésor, les circonstances, tout concourait à détacher Joseph Yernet d’un labeur ingrat et à le rendre à lui-même. Il est à croire qu’il ne se fit pas trop prier. Il entendait derrière lui les amateurs réclamer contre l’accaparement d’un talent qu’ils étaient habitués à regarder comme leur bien propre. Il entendait la critique lui dire par une bouche autorisée : «J’avoue que je ne vois pas sans peine M. Yernet engagé dans ce travail. D’imitateur de la nature qu’il étoit, il est devenu copiste ; et après avoir été peintre d’histoire, il s’est fait peintre de portraits ; car il y a une grande différence entre suivre son génie, obéir à son imagination, arranger, créer, et s’assujettir à copier exactement ce qu’on voit. Ce dernier travail doit dominer l’imagination et lui ôter peu à peu la force et le feu dont elle a besoin. Ce qui peut donc arriver de plus heureux à M. Yernet, c’est de la retrouver à la fin de son travail telle qu’elle avoit été auparavant ; alors il n’aura à regretter que le temps perdu. »

Le moment était venu de réparer ce temps perdu, Joseph Yernet dit adieu à la Rochelle vers la fin de juillet et s’en vint droit à Paris pour y retrouver ses amitiés, sa gloire et la fortune.

A Paris. — La Bergère des Alpes. — Dieppe. — Les estampes des ports de France.

J. Vernet arriva à Paris le 14 juillet 1762. L’année précédente, en récompense de ses tableaux des ports, il avait été pourvu d’un brevet de logement aux galeries du Louvre. Mais, soit qu’il ne s’y trouvât point de logis disponible, soit que le nouvel occupant eût besoin d’un

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