LOGÉ AU LOUVRE
ries si splendidement aménagées, de ce qu’était ce palais au siècle dernier. La munificence des rois depuis Henri IV en avait fait une véritable ruche d’artistes. Le roi donnait la place; chacun s’y carrait à son gré. Qui élevait une cloison, qui abattait un mur. Où l’un avait voulu un salon, l’autre établissait son atelier. A chaque changement de locataire c’était un bouleversement nouveau. Les logements du Louvre passaient de main en main au hasard des vacances. Le sculpteur y succédait au peintre, le graveur à l’ébéniste, l’orfèvre à l’opticien, celui-ci au fourbisseur ou au brodeur. A chaque nouvel occupant il fallait des dispositions nouvelles, appropriées à son art, à son état de famille, à sa fortune. Aussi voyonsnous Joseph Vernet dépenser pour son établissement près de 3,000 liv. Il y met les maçons, les menuisiers, les peintres. M. Chaise dore les moulures des chambres, M. Plou peint les panneaux du salon et fixe des tablettes sur le balcon d’en haut. Puis viennent les menus détails que Joseph Vernet a grand soin de noter dans des instructions de lui-même à lui-même : « Mon nom sur la porte — voir si les cheminées fument — machine pour ouvrir les portes de la rue — baguettes ou moulures pour lesl’embris d’appui; » et il en donne le dessin. «Peindre les vouttes, etc. » — Tout se résout comme toujours par des étrennes : étrennes aux maçons, aux charpentiers, aux barbouilleurs, aux serruriers; étrennes à la servante de M. Lépicié et au portier de M. Gabriel. Ce sont les voisins de Joseph Vernet. L’un demeure dans la cour du vieux Louvre et l’autre devant les galeries. Quant à lui, il a son atelier sous la colonnade, vis-à-vis Saint-Germain l’Auxerrois, au-dessus du corps de garde de la Garde invalide. Son logement porte le n° 13. Le n° 14 est occupé par l’imprimerie de la Gazette de France. Chardin loge au n° 12; Aubert l’Avignonnais, orfèvre du roi, au n° 13; Guay le Marseillais, graveur en pierres fines, aun°21.