LES PLAISIRS DE PARIS
Autour se groupent tous les amis du peintre, l’orfèvre Roettiers, le fourbisseur Gounod, le graveur Cochin, sans oublier Desportes, dont la femme prélève sur chaque locataire^ du roi un impôt de 6 livres pour l’entretien des lanternes dans les corridors.
Les premières dépenses de Joseph Vernet sont celles de tout provincial qui débarque à Paris. Habiller de neuf, de la tête aux pieds, sa femme, ses enfants et luimême, les promener en fiacre, les conduire au spectacle, il ne songe à autre chose. Tout au plus prend-il le temps, quand il a son bel habit de soie « nommé gros de Naples, » d’aller à Versailles faire un bout de cour au marquis de Marigny. L’entrevue dut se passer en regrets de part et d’autre. Point d’argent, plus de Ports. Laisser inachevée une si belle entreprise, quel dommage ! Si Vernet insista pour la continuer, j’imagine que ce fut un peu mollement. Rien ne l’empêchait après tout d’aller à Calais ou au Hâvre. Mais il avait assez de la province. Après les ennuis de Cette et de La Rochelle, il voulait enfin jouir librement de la vie de Paris. On revoit les Tuileries ; on retourne à la comédie italienne ; on suit le beau monde aux boulevards, les boulevards du Temple, une nouveauté. On court avec la foule au combat des animaux établi alors rue et barrière de Sèvres. On ne manque pas de dîner chez le suisse des Tuileries le 24 août, veille de la Saint-Louis, afin d’assister au concert du soir, nommé le bouquet du roi. Il faut aussi visiter les environs de Paris. C’est l’occasion de nombreuses parties fines à Vincennes, à Passy, à Sève, c’està-dire à Sèvres; on goûte, chemin faisant, comme goûtent les Parisiens, « servellats et biscuits, » ou « gâteaux et saucisses. » Et puis les courses à ânes dans les bois de Mcudon, et enfin, au mois de septembre, la foire de Saint-Cloud, avec les grandes eaux, les joûtes, les feux d’artifice, les jouets, les bonbons.