‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 67 sur 232 · MADAME GE0FFR1N ET LA BERGÈRE DES ALPES · texte numérisé non relu

MADAME GE0FFR1N ET LA BERGÈRE DES ALPES

A l’en croire, pas un ne lui viendrait à la cheville. « Le bon Carie Vanloo, dit-il, possédait à un haut degré tout le talent qu’un peintre peut avoir sans génie ; mais l’inspiration lui manquait, et pour y suppléer il avait peu fait de ces études qui élèvent l’âme, et qui remplissent l’imagination de grands objets et de grandes pensées. Vernet, admirable dans l’art de peindre l’eau, l’air, la lumière et le jeu de ces éléments, avait tous les modèles de ses compositions très-vivement présents à la pensée ; mais , hors de là, quoique assez gai, c’était un homme du commun. Soufflot était un homme de sens, trèsavisé dans sa conduite, habile et savant architecte ; mais sa pensée était inscrite dans le cercle de son compas. Boucher avait du feu dans l’imagination, mais peu de vérité, encore moins de noblesse ; il n’avait pas vu les grâces en bon lieu; il peignait Vénus et la Vierge d’après les nymphes des coulisses, et son langage se ressentait, ainsi que ses tableaux, des mœurs de scs modèles et de tout son atelier. Lemoine, le sculpteur, était attendrissant par la modeste simplicité qui accompagnait son génie; mais sur son art même, qu’il possédait si bien, il parlait peu ; et aux louanges qu’on lui donnait il répondait à peine : timidité touchante dans un homme dont le regard était tout esprit et tout âme. Latour avait de l’enthousiasme, et il l’employait à peindre les philosophes de ce temps-là; mais, le cerveau déjà brouillé de politique et de morale, dont il croyait raisonner savamment, il se trouvait humilié lorsqu’on lui parlait de peinture. » Quant aux amateurs qui étaient aussi des dîners du lundi, Marmonlel daigne reconnaître «qu’il y en avait d’imbus d’assez bonnes études.» Mais c’est pour écraser plus lourdement le comte de Caylus dont la supériorité l’offusquait. « Ce qui me déplaisait en lui, dit-il naïvement, c’était l’espèce de domination qu’il avait usurpée sur les artistes Il accostait les gens instruits, se faisait

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