‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 69 sur 232 · LA VUE DE DIEPPE · texte numérisé non relu

LA VUE DE DIEPPE

vérité d’une montagne voisine ; nous ne sommes séparés des Alpes que par une gorge étroite. Pourquoi donc ces Alpes sont-elles informes, sans détail distinct, verdâtres et nébuleuses? Pour pallier l’ingratitude de son sujet, l’artiste s’est épuisé sur un grand arbre qui occupe toute la partie gauche de sa composition ; il s’agissait bien de cela ! » Puis, tournant sa férule contre sa vieille amie, le critique ajoute ces paroles dont la vérité frappe sur notre siècle autant que sur le sien : « C’est qu’il ne faut rien commander à un artiste, et quand on veut avoir un beau tableau de sa façon , il faut lui dire : Faites -moi un tableau et choisissez le sujet qui vous conviendra. Encore serait-il plus sûr et plus court d’en prendre un tout fait. » Malgré ces dures paroles, madame Geoffrin dut s’applaudir de son expédient. Elle avait fait coup double et pris au même trébuchet l’esprit gâté de Marmontel et le génie fourvoyé de Yernet. Quant à ce dernier, les éloges des autres critiques du Salon eurent de quoi le consoler. Lorsque plus tard, dans son voyage en Suisse, il vit de près ces Alpes qu’il avait osé peindre, j’imagine qu’il trouva la nature bien peu courtoise de ressembler si peu à un tableau si pompeusement loué.

Les vues de La Rochelle et de Rochefort furent aussi exposées au salon de 1763. On pouvait les regarder comme les dernières de la série des ports de France, puisque Joseph Vernet avait rompu brusquement avec l’itinéraire qui lui était prescrit. Cependant, soit que M. de Marigny ne pût se consoler de laisser incomplète une suite aussi précieuse, soit que Vernet jugeât utile à sa gloire de la continuer, ou que, poussé par Le Bas et Cochin, il fit valoir les engagements contractés envers les souscripteurs des estampes, toujours est-il que le peintre se prépara à un nouveau voyage d’où il devait rapporter un nouveau tableau. On avait, parait-il, re-

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