VIEN, CHARDIN, GREUZE ET VERNET
Joseph Vernet à Paris. De loin , ses tableaux faisaient pressentir les tendances de son talent, sans lui donner un seul imitateur. A peine à Paris il eut des rivaux. Il 4 révéla Lantara à lui-même, il enflamma Loutherbourg, il produisit Ozanne, Hue, Mettay, Noël. Telle est la force de l’exemple. Le génie d’un artiste peut demeurer sans influence, si sa personne, sa vie n’y ajoutent un enseignement familier, mieux compris de ses contemporains.
Aussi, dans ce Salon de 1763, que nous citions tout à l’heure, Diderot fait de ses éloges quatre parts qu’il distribue presque également entre Vicn , Chardin , Greuze et Vernet. S’il acclame Deshays et Loutherbourg , c’est l’erreur d’un enthousiasme trop crédule aux espérances. Les autres, jeunes ou vieux, ne comptent que pour des nuances plus ou moins effacées. En ce moment les destinées de l’art français, l’avenir de l’Académie, reposent sur quatre têtes : Vien, Chardin, Greuze et Vernet.
On comprend dès lors de quel côté Joseph Vernet se sentit attiré quand il commença à fréquenter l’Académie. Avec Greuze, point d’affaire. Vernet jugeait trop bien le faux bonhomme quand il lui disait: «Vous portez en vous le plus cruel de vos ennemis, et cet ennemi, c’est vous-même.» 11 lia amitié avec Chardin; mais de tous ses collègues, ceux dont il se rapprocha le plus volontiers furent Vien et Soufflot. Il les avait connus à Rome, et, plus encore qu’une vieille affection, la conformité des idées devait unir ces trois hommes. Tous trois doués du sentiment du beau, trop intelligents pour le chercher dans l’oubli de toute règle et de toute tradition, ils formèrent un trio de sages dont la voix chantait en prose la poésie de la nature , l’amour de la vérité , le respect des maîtres et la dignité de l’idée.
D’autres amitiés, ébauchées à Rome, attendaient Joseph Vernet à l’Académie. Simon Challe, le sculpteur, n’en faisait pas encore partie; mais la chaire de perspec-