‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 76 sur 232 · Salon de 1765. Tome V1U de l’édition Brière · texte numérisé non relu

Salon de 1765. Tome V1U de l’édition Brière

DIDEROT

imagination, aussi juste que féconde, lui fournit toutes ces vérités;... c’est que ces compositions prêchent plus fortement la grandeur, la puissance , la majesté de la nature, que la nature même. Il est écrit : Cœli enarrant gloriam Dei. Mais ce sont les deux de Vernet , c’est la gloire de Vernet *. »

Un autre côté par lequel Joseph Vernet devait saisir Diderot, c’est le caractère profondément humain de ses œuvres. A voir avec quelle légèreté le philosophe parle de la nature, avec quel sans-gêne il la met au-dessous de sa représentation peinte , on serait tenté de croire qu’il la connaissait bien peu. Mais il connaît le cœur humain, et les figures de Joseph Vernet, chez lesquelles il le sent battre, l’aident à comprendre le tableau. — « Le paysage est charmant, mais le naufrage est tout autre chose. C’est surtout aux figures qu’il faut s’attacher : le vent est terrible ; les hommes ont peine à se tenir debout. Voyez cette femme noyée qu’on vient de retirer des eaux , et défendez-vous de la douleur de son mari, si vous le pouvez 1 2 » — « Considérez bien , dit-il à propos d’un

autre naufrage, ces hommes occupés à réchauffer cette femme évanouie au feu qu’ils ont allumé sous une roche , et dites que vous avez vu un des groupes les plus intéressants qu’il fût possible d’imaginer 3. » Ces scènes pathétiques le frappent si vivement qu’il en rêve. — « J’ai vu ou j’ai cru voir, tout comme il vous plaira, une vaste étendue de mer s’ouvrir devant moi. J’étais éperdu sur le rivage à l’aspect d’un navire enflammé. J’ai vu la chaloupe s’approcher du navire, se remplir d’hommes et s’éloigner. J’ai vu les malheureux que la chaloupe n’avait pu recevoir, s’agiter, courir sur le tillac, pousser des cris. J’ai entendu leurs cris, je les ai vus se précipi-

Page 1