‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 79 sur 232 · U8 DIDEROT. — SALON DE · texte numérisé non relu

U8 DIDEROT. — SALON DE

ployé deux ans à peindre un seul de ces morceaux qu’on n’en serait point surpris, et il y en a vingt de la même force. » — Enfin, dans ce même salon, on est étonné de retrouver sous la plume de Diderot l’éternel parallèle de Claude le Lorrain et de Joseph Yernet, ce lieu commun banal de toute la critique du xviii0 siècle, tant il est vrai que l’engouement contemporain fait bien souvent fausse route, tant le contrôle de la postérité est nécessaire pour remettre chacun à sa place.

Le Salon de 1765, le meilleur de tous ceux que Diderot ait écrits, contient sur Joseph Vernet des pages d’une éloquence entraînante, les plus belles qu’ait jamais inspirées à un écrivain français l’appréciation des œuvres d’art. Le morceau dont nous avons cité le début : « Vingtcinq tableaux, mon ami ! » et qui a pour péroraison le parallèle hardi de Vernet avec le Jupiter de Lucien, ce morceau est un admirable modèle de style, digne de figurer dans tous les cours de littérature. Le plus beau tableau de Vernet paraît bien pâle à côté, et, par intérêt pour le peintre, on est tenté de crier au critique : Haltelà! Toutefois, après le débordement d’un enthousiasme écrasant, on est heureux de rencontrer une appréciation comparée, non plus de Jupiter et de Vernet, mais de Vernet et de Leprince, de Vernet et de Loutherbourg. On est heureux enfin de rencontrer un peu de blâme. Dans le blâme comme dans la louange, Diderot, toujours excessif, ne ménage pas les termes : « Mesquin, dur et sec... aussi monotone, aussi froid, aussi sale que le précédent... » Mieux eût valu sans doute ne pas exalter une ' fécondité et une vitesse d’exécution qui produisaient de tels fruits. Mais après le blâme, l’éloge revient bien vite, et avec lui, comme un refrain obligé, le nom de Claude. — «Je persiste dans mon opinion, dit le critique philosophe ; Vernet balance Claude le Lorrain dans l’art d’élever des vapeurs sur la toile ; et il lui est infiniment su-

périeur dans l’invention des scènes, le dessin des figures, la variété des incidents, et le reste. Le premier n’est qu’un grand paysagiste tout court ; l’autre est un peintre d’histoire, selon mon sens... »

Môme verve intempérante dans le salon de 1767. Par un artifice littéraire du plus charmant effet, Diderot se suppose devant la nature; il feint de décrire le spectacle qu’il a sous les yeux, et il décrit un tableau de Vernet. Mais le secret lui échappe, et reprenant aussitôt : « Ce n’est plus de la nature, ce n’est plus de Dieu, c’est de Vernet que je vais vous parler. » Cette fois, l’hyperbole est trop forte. Passe pour Claude, passe pour Jupiter; mais Vernet devenu dieu me fait involontairement songer à Vestris, Diou de la danse.

Les dieux de Diderot ont des faiblesses. Un «Vernet faible, faible» arrête le critique. — uAliquando bonus dormitat Homerus, » répètc-t-il, comme au Salon précédent, pour se consoler ; et cependant il se demande : «Comment le poëte, l’orateur, le peintre, le sculpteur, peuvent-ils être si inégaux, si différents d’eux-mêmes?»

— La réponse serait charmante, si elle était une réponse :

« Que sais-je? un lit trop froid ou trop chaud, une couverture qui tombe la nuit, un oreiller mal mis sur son ^ chevet, un demi-verre de vin pris de trop, un embarras d’estomac, des cheveux ébouriffés sous le bonnet, et adieu la verve. » En lisant la fin de ce Salon, qui dégénère en dissertation physiologique, on peut se demander comment Diderot avait mis son bonnet ce jour-là.

Le Salon de 1769 débute par une longue diatribe contre M. de La Borde, qui trouvera sa place ailleurs. Puis, Diderot examine les tableaux exposés, et il ne revient à Vernet qu’à la huitième lettre. — «Il semble que tous nos artistes se soient, cette année, donné le mot pour dégénérer. Les excellents ne sont que bons, les bons sont médiocres, et les mauvais sont détestables.

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