EN ROUTE POUR ROME
ques lettres de recommandation pour un jésuite de ses amis. Et voilà notre homme en route. C’était au milieu de 1734. Il avait alors près de vingt ans.
Quand le coche qui le conduisait fut arrivé sur les hauteurs qui dominent Marseille, et que là, toute la société s’arrêtant pour se rafraîchir, Joseph Yernet descendit aussi de voiture, il entendit prononcer un nom qui devait exercer sur son avenir une intluence décisive. Encore quelques pas, lui dit-on, et nous découvrons la mer. Il s’avança seul, il fit ces quelques pas, et il demeura ébloui du spectacle qui se déroulait devant lui. A scs pieds une succession de collines couronnées de pins qui descendaient en gradins jusqu’au rivage; à droite une chaîne de montagnes grises se prolongeant à l’horizon; à gauche une ville maritime, avec ses phares, scs tours, ses forteresses, et les mâts des navires dépassant les édifices. En face la mer, la mer immense, la mer bleue, montant comme un mur vers le ciel, et au milieu de cette plaine liquide que dorait un rayon du soleil couchant, trois îles enveloppées de chaudes vapeurs et colorées de tons d’opales. A ce spectacle, l’enthousiasme déborda de cette jeune âme. Vite un crayon ! et le voilà qui dessine. Le voiturier l’appelle, les voyageurs s’impatientent, il faut repartir, le jour tombe. Il n’entend rien; tout entier au plaisir de ses yeux, il s’enivre de la nature. On le presse. — « Eh ! laissez-moi, je vous rejoindrai en route. » — La nuit seule , en lui dérobant la vue du paysage, l’obligea à quitter la place. Harassé, alfamé, couvert de poussière, c’est à l’auberge seulement qu’il rejoignit le coche, arrivé depuis plusieurs heures.
A Marseille il fallait attendre le départ d’un bâtiment pour Civita-Vecehia. Que fait Joseph Yernet? Le lendemain de son arrivée il achète toile et couleurs, et, renfermé pendant sept jours dans sa petite chambre d’auberge, il peint ce qu’il a vu du haut de la Viste, c’est-à-