‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 82 sur 232 · Publié dans la Revue de Paris, tome V · texte numérisé non relu

Publié dans la Revue de Paris, tome V

de son mauvais procédé, il faut que je m’arrête sur une belle chose. » — Quelque ardeur que mette Diderot à épouser la querelle du jeune artiste, il est difficile de 'ne pas voir dans cette dernière phrase une opinion personnelle. Le philosophe ici parle de son propre fonds. Les motifs qui ont pu l’amener vis-à-vis de Vernet, son idole, à des sentiments aussi peu dignes de l’un et de l’autre, sont un mystère que nous tenterions en vain d’éclaircir. Cette désaffection reparaît au Salon de 1781, le dernier que Diderot a écrit*. — « Vernet, quatre tableaux de marine, plusieurs tableaux sous le même numéro. — Tous très-beaux, mais pas également. Cependant on n’en revoit aucun sans un nouveau plaisir. C’est toujours Vernet. » Et après cet éloge banal, il ajoute, comme pour abriter sa malice derrière le dos d’un autre : «On reprochait, dit un de nos critiques, on reprochait jadis à M. Vernet de toujours se répéter. On se plaint aujourd’hui de ce qu’il n’est plus le même. » Les Salons de Diderot sont le monument de la critique d’art au xvmc siècle. Us ont été appréciés diversement, avec plus d’enthousiasme en général que d’impartialité. Il ne sera possible de porter sur l’ensemble de ce monument un jugement définitif que lorsqu’il se présentera à nous complété de toutes les parties qui lui manquent, et isolé de tout ce qui en obstrue les abords, c’est-à-dire, lorsqu’un éditeur intelligent réunira en un volume les Salons inédits publiés parM. Walfredin dans la Revue de Paris, à ceux que contiennent déjà les éditions des œuvres de Diderot. Alors seulement on pourra se rendre un compte exact de la valeur de l’auteur comme critique d’art. On nous permettra cependant de chercher à apprécier cette valeur au point de vue restreint de l’homme qui nous occupe.

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