INFLUENCE DE DIDEROT SUR J. VERNET
Si le devoir de la critique d’art est d’éclairer les artistes sur leurs défauts et de les pousser au développement de leurs qualités, comment la critique de Diderot a-t-elle rempli ce devoir vis-à-vis de Yernet? Et ici la publicité des Salons importe peu; les rapports intimes de Diderot et de Yernet sont un fait hors de doute. Si Yernet n’a pas lu les pages que Diderot écrivait sur son compte, il a su ce que Diderot pensait de ses œuvres. En quoi cette opinion, formulée dans l’intimité d’un petit nombre d’amis, développée ensuite au milieu des cercles philo- * sophiques et littéraires, répandue enfin dans tout Paris par des voix complaisantes, en quoi cette opinion, dont les Salons sont l’écho, a-t-elle été utile ou nuisible à Yernet? Loin de nous la pensée de faire le procès à Diderot et d’écraser du môme, coup les philosophes et la philosophie du xvm* siècle. Nous admirons autant qu’un autre ce génie fougueux et téméraire. Nous aimons cette éloquence touche-à-tout qui puise dans le cœur ses accents passionnés. Les pages émues, les descriptions brillantes que lui a inspirées l’admiration des œuvres d’art, ont pour nous une saveur particulière. Mais nous ne pouvons nous empêcher de voir en Diderot un maladroit ami, un bienfaiteur à contre-sens, qui a fourvoyé Vernet comme il a fourvoyé Greuze. Critique de sentiment, lui demander des conseils techniques serait peine perdue. Du moins a-t-il jamais adressé à Yernet un reproche sérieux sur ses façons cavalières avec la nature? Est-il une seule fois question du caractère factice de ses compositions ? S’est-il plaint de voir le peintre substituer presque toujours à un motif naturel un arrangement de son invention, une combinaison conventionnelle? Diderot ne connaît de la nature que des traits généraux; il n’a pas vu a mer; il manque d’un point de comparaison essentiel, ou si parfois il le cherche , c’est dans son imagination seule et non dans ses souvenirs qu’il trouve la nature,