‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 84 sur 232 · INFLUENCE DE DIDEROT SUR J. VERNET · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE DIDEROT SUR J. VERNET

c’est-à-dire celle que lui ont faite les tableaux de Vernet. Et quelles qualités exalte-t-il chez son idole? Nous l’avons vu, la célérité, la facilité d’exécution, la prodigieuse fécondité, ce que de notre temps on appellerait presque un défaut. II loue aussi les figures, c’est-à-dire l’accessoire. Il pousse incessamment ce paysagiste habile et charmant à exagérer l’importance de ses bonshommes, il ose lui dire : « Ce malheureux qui ramasse les débris de ses effets, et cet autre qui jette au ciel des regards furieux, sont de la vigueur de Rubens *. » Et puis il s’étonne que le peintre, à force de s’attacher aux détails, ait pris une manière sèche et dure; il blâme une monotonie qui a pour cause l’excès de la production. Ehl qu’importait à Vernet de répéter le cadre de ses scènes, lui qui s’entendait dire que ses groupes étaient sublimes? Que lui importait le paysage, c’est-à-dire le principal de ses tableaux, lui qui se voyait, à cause de l’accessoire, comparé à Rubens et préféré à Claude comme peintre d’histoire? Ce dont il faut s’étonner, au contraire, c’est que l’exaltation de Diderot n’ait pas exercé plus de ravages dans la peinture de Vernet. On en doit rendre grâces à son bon sens d’abord, aux amateurs ensuite, et enfin aux autres critiques contemporains. Si l’engouement des gens de lettres auquel celui de Diderot donnait le branle, n’a pas complètement gâté Vernet, c’est que ce peintre, encensé outre mesure, rencontrait à un niveau inférieur, chez des écrivains moins experts au métier littéraire, mais quelquefois meilleurs juges des choses d’art, ces pointes salutaires de la critique qui sont pour l’artiste un cilice dont il gémit et qu’il devrait bénir.

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