‹ Joseph Vernet et la peinture au XVIIIe siècleChapitre 85 sur 232 · LA CRITIQUE D’ART · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE D’ART

La critique d’art au xmi® siècle. (Suite.) — La critique à douze sols.

La critique des œuvres d’art est un des traits particuliers du caractère de la nation française, un de ceux qui prouvent le plus sûrement l’insuffisance de ses aptitudes artistiques. Chez un peuple artiste, l’enthousiasme des belles choses ne laisse pas place à la critique; quant aux mauvaises, l’indifférence publique suffit à en faire justice. En Italie, un chef-d’œuvre provoquera dix sonnets à sa louange et pas une épigramme. En France, où l’on apprend beaucoup à lire et point du tout à regarder, le public passerait devant un chef-d’œuvre sans s’en apercevoir, s’il n’en lisait la description; ou bien il regarderait indistinctement tout ce qu’on lui montre, si quelque écrit ne l’avertissait d’avance que ce qu’on lui montre est mêlé de beau et de laid. Encore est-il que la promptitude de jugement et la tendance à la plaisanterie qui distinguent notre nation, lui font éprouver à peu près autant de jouissance à voir le laid qu’à voir le beau, car le laid prête au bon mot. Et qu’cst-ce que la jouissance des belles choses à côté du plaisir de dire, d’écrire, ou seulement de répéter un bon mot?

La première exposition d’objets d’art organisée par l’Académie de peinture et de sculpture remonte à l’année 1673. Mais ce n’est qu’en 1707 que ces solennités devinrent régulières; il leur fallut un peu de temps encore pour pénétrer dans les mœurs. Cependant, dès 1737, Gresset faisait courir des vers malins à propos des œuvres exposées, et le Mercure de France commençait à publier un catalogue annoté du Salon, c’est-à-dire, sous sa forme la plus simple, un guide-âne offrant au public

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