LE MERCURE DE FRANCE
nommois tous ses tableaux les uns après les autres, ma description seroit un rondeau qui üniroit toujours de même : « Ah! qu’il est beau ! » — Estève, plus cruel que Garrigues, après avoir comparé Vernet à Claude et au Poussin, ajoutait : « Tous les tableaux qu’il a donnés cette année, quoique très-beaux, ne sont pas de la même force ; il y en a quelques-uns de négligés. Il y a, par exemple, un coucher de soleil qui ne paroît qu’ébauché, et un clair de lune qui est entièrement couvert d’une fumée épaisse. » — Mais aussitôt Jombert de s’écrier : « Vous seriez-vous attendu à voir ce grand paysagiste, M. Vernet, en butte aux traits de notre censeur, et ne vous semble-t-il pas que de pareilles attaques devroient entièrement décréditer un écrivain ? »
Au Salon de 1755, Vernet ne rencontra que des panégyristes; il en fut de même au Salon suivant. Nous avons cité plusieurs de ces appréciations, à propos des tableaux des ports qu’elles concernent. En 1759, non plus, aucune voix discordante ne se mêla au concert d’éloges qui s’élevaient de toutes parts. Mais quels éloges ! mieux eût valu une critique motivée. — « Qui m’arrête tout à coup? s’écrie l’auteur de la Lettre à un ami , *— c’est vous, fameux Vernet; c’est ce génie riche et sublime; c’est ce dessin spirituel et ressenti... » Le Portefeuille d'un homme de lettres renchérit encore sur ce style emphatique : — « Vernet, unique dans son genre, laisse bien loin derrière lui tous ceux qui l’ont précédé dans la même carrière et fait le désespoir de quiconque osera le suivre. A la fougue épurée des Vander Cabel, au naturel exquis des Lorrain, il joint tout l’esprit, toute l’expression et la touche ferme et saillante des Salvator... Jamais le cœur ne reste indifférent à la vue de ses tableaux. Il se trouble comme l’élément en fureur qu’ils représentent. »
Mais la palme du ridicule appartient cette année au