LE MERCURE DE FRANCE
Mercure. Écoutons d’abord Marmontel nous raconter, avec sa modestie ordinaire, comment il fut conduit à écrire ce Salon : — « Cochin, homme d’esprit, dont la plume n’était pas moins pure et moins correcte que le burin, faisait aussi pour moi d’excellents écrits sur les arts qui étaient l’objet de ses études. Ce fut sous sa dictée que je rendis compte au public de l’exposition des tableaux de 1759... Cet examen était le modèle d’une critique saine et douce; les défauts s’y faisaient sentir et remarquer; les beautés y étaient exaltées. Le public ne fut point trompé et les artistes furent contents. » Mais ou Cochin ne dictait plus, ou Marmontel entendait fort mal, quand il osa écrire ce formidable non-sens : « Il y a deux figures d’une beauté sublime. On ne conçoit pas comment les passions peuvent être rendues avec tant de force par des traits qui échappent à la vue. » On avait cru jusqu’alors, et peut-être croit-on encore aujourd’hui, que les traits du peintre échappent moins à la vue que les traits de l’écrivain. Nous ne pensons pas non plus que Vernet, qui après tout admirait Raphaël et Poussin, ait été bien content d’entendre dire que « tout l’art de la peinture » se trouvait réuni dans ses tableaux.
Le Salon de 1761 ne donna pas lieu à un grand débordement de brochures. Il a déjà été question des critiques de 1763. En 1765, Mathon de la Cour n’a pour Vernet qu’un éloge banal, et le Mercure, comme s’il sentait où le bât le blesse, se contente de dire : — « M. Vernet est parvenu déjà presqu’à la prérogative du petit nombre d’anciens dont on recherche et dont on prise les ouvrages; mais dont il seroit superflu et presque ridicule aujourd’hui d’étendre et de détailler les louanges... Nous n’avons, ajoute-t-il, ni le droit ni le talent d’instruire les maîtres. Heureux si nous parvenons à les bien apprécier ! »