LES CABINETS DE PARIS
Il y a amateurs et amateurs, comme il y a fagots eL fagots. Dans l’innombrable quantité de catalogues que nous a légués le siècle dernier, on voit passer en vente beaucoup de collections, on ne rencontre qu’un petit nombre de cabinets. Or, un grand seigneur, un financier, un marchand peuvent posséder une collection. L’amateur seul sait former un cabinet. Pour mériter le titre d’amateur il ne suffit pas d’acheter des tableaux, tout homme bien pourvu d’argent en est capable; il ne suffit même pas de les aimer, tous les artistes en sont là; il faut les connaître. Il faut qu’au sentiment général du beau s’ajoute le goût, c’est-à-dire l’intelligence du beau, le jugement qui discerne le vrai du faux et le bon du mauvais ; une pointe d’érudition qui établisse la familiarité avec les artistes de tous les temps, et surtout la passion, le feu sacré, cette obsession tyrannique de l’art qui ne recule devant aucun sacrifice et soumet tous les intérêts de la vie à un seul, la jouissance des belles choses.
Tel est le véritable amateur. Tels étaient, au siècle dernier, les Mariette, les Crozat, les de Julienne, les La Live, les Randon de Boissct, les Blondel de Gagny, M. de Julienne eut le mérite singulier de comprendre l’importance de l’école française. A côté des maîtres italiens, hollandais et flamands, il osa réserver une place aux artistes ses contemporains. Joseph Vernet n’avait encore rien envoyé au Salon, et déjà M. de Julienne, devinant en lui un grand artiste, d’après ce qu’il voyait chez M. de Villette, lui demandait, au mois de juillet 1745, une marine et un paysage; plus tard, il acheta à la vente de Peilhon un des plus importants tableaux que Joseph Vernet ait peints en Italie, celui que Daullé a gravé sous le titre : Les différents travaux d’un port de mer. Il en possédait encore un autre. Dans le Salon de 1767, Diderot, amené à parler de la vente de cet araa-