GALERIES FRANÇAISES
Malgré ces déboires , il y avait tout profit à travailler pour les financiers. Non-seulement ils payaient bien, mais encore ils tenaient table ouverte. Joseph Yernet n’a garde de l’oublier et il le note scrupuleusement : — a II y a souper chez M. de La Frété tous les dimanches et tous les vendredis. — M. Eoslin dîne chez luy le mardy , le jeudy et le dimanche. — M. de La Reynière le vendredy et le mercredy. — M. de La Frété tous les jours , surtout le dimanche. » — Ce M. de La Frété , qui dînait surtout le dimanche, appartenait-il au corps des fermiers généraux, ou faut-il voir en lui La Ferté , l’intendant des Menus-Plaisirs, dont le nom aura été défiguré par une allitération à l’italienne? Toujours est-il que M. de La Frété, à l’imitation de M. de La Borde, fit exécuter par Joseph Vernet, pour son salon, six tableaux de cinq pieds de haut. Quatre ont décoré l’hôtel du comte Roy et ont été vendus en 1848. Deux figuraient en 1860 à l’exposition du boulevard des Italiens, où les avait envoyés M. Laneuville , la Tempête et le Soleil couchant. C’était, comme on a pu le voir, de la peinture décorative, assez largement traitée, mais sans distinction. Le Soleil couchant reproduisait en partie une des compositions peintes pour M. de La Borde. Joseph Vernet y avait introduit l’obélisque, la colonnade, l’arc de triomphe déjà employés; mais de plus il avait placé au premier plan des blanchisseuses lavant dans l’eau de mer, malencontreuse idée justement relevée par Bachaumont, à propos du Salon de 1777. Chacun de ces six tableaux fut payé cinq mille livres par M. de La Frété.
Cinq mille livres ! Que nous voilà loin de V Habit, veste et culotte I La clientèle des financiers porta Joseph Vernet à cette douce extrémité, d’enfler démesurément ses prix. Pouvait-il faire moins pour des fermiers généraux? Tous voulaient de ses œuvres. Les plus patients se contentaient d’en commander. Les plus pressés couraient les