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a dit — car ce ne sera qu'en 1788 qu'il y aura alliance entre une Pyvart de Chastulé et un la Rochefoucauld et, jusque-là, il n'y a, semble-t-il, nul rapport' et, à coup sûr, nulle parité. — C'est comme élève de M. Patricol qu'il acquiert la protection du grand seigneur qui lui donne asile, et qu'il contracte les opinions libérales, philanthropiques et philosophiques que ne saurait manquer de répandre autour de lui le fils de la duchesse d'Auville, le fondateur de la Société des Amis des Noirs, « le Coryphée de la Secte ».
Nul homme meilleur, nul plus disposé à bien faire, nul esprit plus faux ; un cerveau médiocre, où s'est élaboré, au milieu des causeries des économistes et des philosophes, un rêve d'âge d'or; un cœur excellent qu'ont séduit les théories de Raynal, de Jean-Jacques et de l'abbé Morellet ; une intelligence trop peu exercée pour prévoir les conséquences de ces doctrines, pour juger que leur application conduit la Royauté à sa ruine, la Noblesse à sa destruction, la Nation à la guerre civile, entraîne la perte des colonies, et, dans la destruction de la Société même, ne laisse au peuple pour unique salut que la dictature militaire.
' Sans doule je n'ai trouvé nulle alliance, nulle parenté, si loin i|iie j'aie poussé la recherclie, mais un scrupule me vient de ce prénom d'Alexandre, inconnu jusque-là dans la famille Beauliarnais et si habituel chez les La Uocliefoucauld. Ce très léger indice n'estil pas de nature à faire supposer une liaison antérieure au départ de M. de Beauharnais pour la Martinique? Faut-il en induire une sorte de patronage, même une lointaine attache de famille ? Le maréchal de Castelianc dont le père avait épousé la veuve du duc de La l'iochefoucauld parle de protection, nulleinent de parenté, et, jusiiuà preuve du contraire, je crois qu'il s'en faut tenir là.
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Quelle influence un tel milieu ne doit-il pas exercer sur un tout jeune homme, qui arrive des universités d'Allemagne, ces universités oii l'on rêve de Wei^her^ où se préparent les Brigands, manifestation à ce point éclatante qu'elle ne saurait être individuelle, qu'elle paraît la résultante des opinions collectives , interprétées par un homme de génie.
Et, de là7il tombe à la Roche-Guyon, dans ce château ducal, oîj, à l'agréement exquis d'une grande vie, opulente, aristocratique, raffinée, se mêle comme une élégance nouvelle, l'exposé de doctrines d'égalité devant la loi, d'égalité devant la couleur, de bienveillance et de philanthropie. Quoi de mieux séant à un duc et pair que de se dire démocrate , de se croire tel au fond du cœur ? Perd-on quoi que ce soit de ses dignités et de son prestige, et n'est-il point facile de disserter ainsi sur la fraternité, quand on se tient au moins pour l'aîné de la famille ? Sans péril immédiat pour qui les professe, môme pour qui les met dans une mesure en pratique, ces théories sont-elles aussi innocentes pour les auditeurs s'ils les prennent sincèrement au sérieux, s'ils sont tentés de passer à l'application et surtout s'ils remplacent cet orgueil de race que tempère une bienveillance générale, par une conviction de leur valeur personnelle qui a pour corollaire la haine de toute supériorité sociale ? Or, celle conviction, Alexandfe ne manque point de l'acquérir par le fait même de son éducation, par l'avantage qu'il prend dans le^ éludes sur les jeunes Chabot, par l'espèce d'infériorité sociale où il se
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trouve, par l'habiluelle société, la confidence où il vit avec ce Patricol, pion haineux, qui, en périodes redondantes, disserte des vertus, s'indigne des vices, prêche l'égalité, admire la nature et porte partout la certitude de ses mérites et la fureur qu'ils ne soient point reconnus. Ce précepteur, qui a lu VEmile, ne peut manquer d'avoir retenu le Contrat social. Et c'est là une nourriture que les jeunes gens n'absorbent pas * impunément : d'autant plus séduisantes qu'elles sont alors dans leur nouveauté et leur mode, les doctrines politiques, sociales, morales de Jean-Jacques, s'imposent à la raison parleur apparente rectitude, à l'imagination par leur éloquence , à la conscience même par la justification qu'elles prêtent à la passion. Chaque enfant qui aura été Emile, pensera, jeune homme, être Saint-Preux, et, en môme temps, méditera des lois et posera des principes. Comme il ne sera point Rousseau et n'aura point de génie, il n'aura gardé du style du maître qu'une phraséologie tournée en déclamation, mais cette déclamation, il y croira, au point de donner parfois sa vie pour elle.
Ce milieu, cette éducation, c'est tout Alexandre, c'est le vêtement qu'il revêt en ces années et qui collera à sa chair de façon à n'en plus être arraché. Il y manquerait pourtant le sentiment^ mais il a pour ce rôle M'"'' Renaudin. Qu'Alexandre soit à Ileidelberg, àBlois ou à la Roche-Guyon, elle ne le perd point de vue. Elle est à son sujet en correspondance avec Patricol et avec M"''' de Chastulé, la grand'mère. Elle le nomme son cher filleul ; il l'appelle sa bonne, sa
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chère marraine, il lui dit t qu'ello lui lient lieu do mère et qu'il l'aime aussi tendrement que si elle l'était », et c'est en même temps des compliments de pédanlisme oii l'on sent la lourde main de Patricol. « Continuez toujours de m'écrire, ma chère marraine, écrit ce garçon de quatorze ans, et soyez sûre de me faire un très grand plaisir et de former mon style ; il en a bien besoin et c'est sur vos lettres que je prendrai leçon : M""^ de Sévigné ne me sera plus nécessaire. »
Nul soin que ne se donne M"'" Renaudin pour s'assurer sur ce jeune homme une influence analogue à celle qu'elle a prise sur le père : c'est que, dans le plan qu'elle a formé, Alexandre tient le principal rôle. La grande aisance dont on jouit dans la maison tient bien moins à la fortune du marquis qu'à celle que les fils ont héritée de leur mère et, dans l'avenir, elle s'accroîtra encore. Point de compte à faire sur celle de l'aîné : il n'a jamais vécu dans la maison, s'est émancipé, mène la vie large,, avec les vices qu'elle entraîne. Point à penser qu'on le retiendra; seulemcnl, par de bons procédés, en payant opportunément des dettes de jeu, on l'adoucira, on empêchera qu'il se déclare adverse, qu'il n'agisse sur son frère, car que resterait-il si celui-là aussi s'échappait?
Sans doute, du produit de ses diamants^ — c'est de style en ce temps, lorsque, dans un contrat, une femme ne veut point dire (l'où elle tire l'argent qu'elle emploie^ j\l'"° Renaudin a acheté, à Noisy-le-Grand, vis-à-vis la ferme des religieux de Saint-Martin, une maison avec cour, basse-cour, 'écuries, remises, jar-
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din potager et autres dépendances ; mais cette maison qu'elle a payée 33 000 livres à la comtesse de Laurag-uais, le 18 octobre 1776, n'a de rapport que sur dix-neuf arpents en trois pièces. Gela ne fait pas 500 livres de rente. C'est d'ailleurs ici un revenu singulièrement fragile et, s'il fallait y compter pour l'entretien, que ferait-on ?
Il est vrai que, dans cetle maison, M""® Renaudin a des meubles. Elle en a tant et tant que tantôt elle dira en avoir pour une trentaine de mille livres ; mais peut-elle vivre sans ces meubles, et à liquider, que rapporteraient- ils ? Qu'est-ce d'ailleurs que tout cela pèse en balance avec les 50 000 livres de rente d'Alexandre?
Mais le père n'a donc point de fortune, nul moyen? Il a hérité de sa grand'mère, remariée à ce Charles de Bcauharnais, duquel il a pris le titre de baron de Beauville; mais le titre est nu, les terres sont restées en Acadie, devenue anglaise grâce à des guerriers de la valeur et de la probité de notre marquis et le mieux qu'il y ait dans la succession est un hôtel rue ïhevenot où Charles est mort et où sa veuve a habité jusqu'à son dernier jour. La terre do la Ferté-Aurain, ce marquisat de Beauharnais, qu'est-ce que cela rapporte? Trois mille livres; la seigneurie de Mauroy- Prouville moins encore ; restent les terres de Saint- Domingue : trois habitations, une à Léogane, une à L'Acul . la troisième à la Ravine ; elles sont indivises entre le marquis et son frère cadet, celui qu'on appelle le comte des Roches-Ba'rilaud, mais soit que le mar-
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quis ait employé pour le mellre en valeur l'argent de ses fils, soit qu'il leur ait emprunté sur sa part, toujours est-il que seuls les fils paraissent et agissent en propriétaires. Quelque argent comptant, la pension qu'il reçoit du Roi, des terres qu'il achève d'hypothéquer, des contrats qu'on aliène successivement et dont rargentj)asse de la .nain à la main, telle est la fortune du marquis, et si, à une dame de hon appétit t(Mie qu'est M'"" Renaudin, elle a suffi jusqu'ici, c'est à ooniliLion d'en manger le fonds avec le revenu»
yn
A peine Alexandre a-t-il atteint ses dix-sept ans, à peine a-t-il, par la protection du duc de la Rochefoucauld, colonel du régiment de la Sarre-infanterie, obtenu une sous-lieutenance, que M™'' Renaudin entend le marier à son gré, à sa guise et pour sa propre utilité. On ne consulte point le jeune homme qui est tout à sa joie de sortir de pages, qui, ayant obtenu de son protecteur qu'on lui compte pour services le temps qu'il a été inscrit à la première compagnie des Mousquetaires (10 mars 1774-15 décembre 1775) n'a eu qu'à paraître comme cadet pour être sous-lieutenant à prendre rang de ses sei^e ans (8 décembre 1776). Alors, il a quitté la qualification de chevalier qu'on donne à tous les cadjBls de familfe, pour le titre de vicomte — à qui l'on chercherait vainement une apparence de justilication dans les titres portés et les terres possédées par les difîérenls membres de la famille. Mais, depuis 1774, l'on estentré dansl'anarchie
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et, soi-disant pour plaire à la Reine, chaque gentilhomme s'affuble d'un titre; vicomte est à la mode, il est joli et rare et sonne la vieille noblesse. Sans doute Alexandre a l'esprit philosophique et professe le mépris des titres, mais cela n'empêche point d'en prendre, et pour qui compte tenir ses garnisons en éveil par son élégance et ses fredaines, une vicomte, même imaginaire, est un trésor. Au surplus, dans la famille Beauharnais, pour ce genre de choses, on eut toujours la manche large : à ce temps d'Alexandre, ils ne sont pas moins de deux à porter le titre de chaque terre régulièrement érigée : deux marquis pour l'unique marquisat de la Ferté-Beauharnais dans la branche aînée ; deux comtes, dans la branche cadette, pour l'unique comté des Roches-Baritaud. Le vicomte est au moins seul de son espèce et s'il n'y a point de vicomte, qu'importe? Aussi bien peutêtre en est-il une, en Canada, aux environs de la baronnie de Beauville.
Leste, pimpant, tout clair en son habit uniforme de drap blanc, à revers et parements gris argentin, le vicomte s'en vient de Noisy à Rouen où son régiment arrive justement de la garnison de Lille. Il fait ses exercices, il se perfectionne aux mathématiques et à Téquitation, il prend l'air du métier, il se donne des allures de conquête. Quant au mariage, rien certes n'est plus loin de son esprit, mais M"'* Renaudin y pense pour lui.
Lorsqu'il arrive pour passer un semestre à Noisy, elle s'arrange si bien que, pour acquérir la bien-
veillance de celle qui tient sa bourse, être plus vite émancipé et jouir de la fortune de sa mère, Alexandre consent à tout. Aussitôt, le travail est repris sur le marquis qui, le 23 octobre 1777, écrit cette lettre à M. de la Pagerie : « Mes enfants jouissent à présent de quarante mille livres de rente chacun. Vous êtes le maître de m&. donner Mademoiselle votre fille pour partager la fortune de mon chevalier : le respect et l'attachement qu'il a pour M"" de Renaudin lui fait désirer ardemment d'être uni à une de ses nièces. Je ne fais, je vous l'assure, qu'acquiescer à la demande qu'il m'en fait en vous demandant la seconde, dont l'àg-e est plus analogue au sien.
« J'aurais fort désiré que votre fille aînée eût quelques années de moins, elle aurait certainement eu la préférence puisqu'on m'en fait un portrait également favorable, mais je vous avoue que mon fils, qui n'a que dix-sept ans et demi, trouve qu'une demoiselle de quinze ans est d'un âge trop rapproclié du sien. Ce sont des occasions où des parents sensés sont forcés de céder aux circonstances. »
Le marquis ne demande pas que M. de la Pagerie fournisse une dot, Alexandre, outre les 40 000 livres de rente qu'il a de sa mère, en a encore près de 25 000 à attendre. Ce qu'il faut, c'est que M. de la Pagerie se hâte d'amener sa^ fille en France, et, s'il ne peut venir lui-même, qu'il la confie à une personne sûre et l'envoie par un navire de commerce « où elle aura une traversée plus commode' et plus agréable ».
A celte lettre du marquis — à ces lettres plutôt,
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car il y en a une pour M. tie la Pagerie, une pour Madame, une pour l'oncle, le baron de ïascher — M""" Renaudin en joint une de sa main. Elle se chargera de sa nièce, lui tiendra lieu de mère, complétera son éducation. Qu'on la lui envoie seulement ! Le jeune homme à tout pour plaire : « figure agréable, taille charmante, de l'esprit, du génie, et, ce qui est d'un prix inestimable, toutes les qualités de l'àme et du cœur sont réunies en lui : il est aimé de tout ce qui l'entoure ». On ne cherche point de dot; si M. de la Pagerie veut faire quelque chose pour le mariage, ce sera assez qu'il promette une rente dont il gardera le capital.
Cette lettre est en date du 23 octobre ; or le 16, aux Trois-Ilets, la deuxième fille de M. de la Pagerie, Calherine-Désirée, celle que M"" Renaudin trouvait, avec ses treize ans, en rapport d'âge avec Alexandre, a été enlevée par une fièvre maligne. Le 9 janvier 1778, M. delà Pagerie annonce cette mort au marquis, mais le projet de mariage lui sourit trop pour qu'il ])ense à le rompre : à défaut de sa fille cadette, il ollVe la troisième, Marie-Françoise, qu'on appelle Manette dans la famille. Elle n'a que onze ans et demi, mais c'est tant mieux, car on pourra lui donner en France une belle éducation. Néanmoins, si on acceptait l'aînée, ce serait plus simple : elle a une fort belle peau et de très beaux bras, elle désire infiniment venir à Paris. Peut-être se décidera-t-il en ces conditions à amener, au mois d'avril ou de mai, ses deux filles afin que l'on choisisse entre elles. Ce lui
sera d'ailleurs une occasion de consulU.T les médecins et de solliciler, de la Cour, « les g-râces qu'il doit attendre ».
Ce que prétend M""" Renaudin, c'est qu'Alexandre épouse une de ses nièces; elle ne tient pas plus à l'une qu'à l'autre, à celle de onze ans qu'à celle de quinze. Sacs se perdre en regrets inutiles sur la petite morte : « Arrivez avec une de vos filles, avec deux, répond-elle à son frère le 11 mars 1778; tout ce que vous ferez nous sera agréable. Il nous faut une enfant à vous. » Est-ce si fort le désir d'Alexandre ? Il a accepté la fiancée de treize ans et demi, parce que c'était le mariage immédiat, l'émancipation par suite et la jouissance entière de sa fortune ; mais, pour cela même, la fiancée de onze ans et demi lui paraît un peu verte et il en préférerait une plus immédiatement épousable. Ce qu'il aimerait mieux encore, ce serait n'épouser point. De Rouen, son régiment est venu à Morlaix, à cause de la guerre renouvelée avec l'Angleterre ; Alexandre l'y a rejoint, il fait du service, pense à la gloire et ne se soucie point de prendre femme.
On ne voit pas sans doute qu'il ait sollicité de faire partie des piquets embarqués, durant la guerre maritime, pour faire la garnison des vaisseaux ; il y avait des piquets commandés ^par des lieutenants et des capitaines, sur YAinphyon et le Diadème qui prirent part au combat d'Ouessant ; il y en avait sur le Triton, le Calon, le Citoyen, le Conquérant qui, sous le comte de Guichen et le comte de Grasse, combattirent