‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796 (volume 3)Chapitre 13 sur 30 · JOSEPHINE DE B E A U II A UN A IS · texte numérisé non relu

JOSEPHINE DE B E A U II A UN A IS

comme elle a un vestiaire pour les Lcsoigneux et qu'elle leur olTre sa tablC;, la comtesse Fanny — baptisée Marie-Anne-Françoise — ne manque pas d'amateurs, mais pour la situation dans le monde, aucune. A l'en croire, elle fit un tendre accueil à Joséphine, et si elle n'a chanté sa vétiue que lorsque M*''' Tascher se fut muée en M'"'' Bonaparte, c'est sans doute que l'occasion avait manqué, car quelle impression n'avait-elle pas produite !

Quand Zéphir poussa le vaisseau Qui vous conduisit sur ces rives, Vous rappelez-vous le tableau Qu'olTrirenl vos grâces naïves ?

Avec les Amours ingénus Escortés du tendre Mystère On crut voir Taimablc Vénus Descendre à l'ile de Cylhère.

A votre sourire charmant On était forcé de se rendre, Aussi l'iles-vous promptement La conquête d'un Alexandre.

Il ne fut pas longtemps heureux.

Hélas ! on sait trop son histoire, Mais, républicain vertueux Il vit au Temple de Mémoire !

Gela sans doute est ingénieux, opportun et bien dit, mais non pire que ses autres morceaux.

Le frère aîné d'Alexandre avait épousé la fille de cette Fanny. C'était, a-t-on dit, une personne fort disfinguée par son esprit et son caractère, qui, dans la société de sa mère, avait puisé l'horreur des sentiments aflectés et faux, la juste haine de cette littérature, le

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goût du simple et du vrai. Malgré les légèretés de son mari, elle était restée irréprochable;, mais elle fréquentait si peu chez son beau-père qu'elle ne figura ni au contrat, ni au mariage d'Alexandre. On peut penser que si des intérêts de famille avaient déterminé son mariage avec son cousin, elle ne pouvait envisager de la mème'façon que Joséphine la position prise dans la maison par M'"'' Renaudin.

Peut-être certains hommes, parents ou alliés, venaient-ils davantage chez le marquis : on pourrait le croire à l'intimité que Joséphine conserva avec plusieurs ; mais des hommes ne sont pas pour servir de chaperons à une jeune femme, et un tel rôle ne pouvait être rempli ni par M"'° Renaudin, ni par Fanny.

Donc, nul fonds à faire sur la famille : d'elle-même Joséphine ne connaissait personne, hormis peut-être quelques créoles ; encore, n'est-ce que bien plus tard qu'on la trouve en relations avec des gens de Sainte- Lucie. Elle avait sans doute espéré que son mari la produirait dans le monde, mais Alexandre, qui s'en souciait peu, avait, dès le printemps de 80, rejoint son régiment a Brest, et la pauvrette se trouvait en ce logis de la rue Thévenot, entre sa tante, son beaupère, son père aigri, malade, courant après l'argent et les grâces de Cour. Elle n'avait pour se distraire qu'à promener dans Paris, ses poches emplies des pauvres bijoux de sa corbeille pour se donner la joie de les lâter en marchant.

Les jours lui semblaient longs, et à apprendre que

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son mari passait fort bien son temps à Brest, elle ne pouvait manquer d'en prendre de la jalousie, mais lui en plaisantait : il lui écrivait, le 16 août : « Enfin, mon cœur, je ne vois plus qu'un mois qui me sépare du moment où je dois te revoir, t'embrasser, t'assurer du plaisir que j'éprouve avec toi et te jurer de nouveau que je te suis et j'ai été fidèle. » S'il fallait qu'il jurât, c'est donc qu'elle avait déjà des soupçons, et, sous ce jargon d'intimité, l'on sent déjà les dissonances du cœur.

Revenu à Paris durant qne son régiment allait prendre la garnison de Verdun, le vicomte ne se soucia nullement encore de montrer sa femme. Il la trouvait gaucbe, empruntée, ignorante ; pis que cela, il la trouvait laide, la taille lourde, nulle tournure, des yeux de province et, par-dessus, de folles idées d'amour conjugal, de tendresse et de jalousie. Il s'était laissé marier pour être libre de sa fortune et de ses actes ; et s'il n'entendait point que sa femme le suivît dans ses garnisons, moins encore la voulait-il dans le monde où ses meilleurs appuis étaient sans doute ses parents maternels. Quant à la Cour, il aurait assez de peine à s'y introduire lui-môme, à s'y faire agréer {)0ur ses talents de beau danseur, sans parvenir jamais à ces distinctions désirées par tous les gentilshommes d'ancienne noblesse : monter dans les carrosses du Roi et suivre Sa Majesté à la chasse. Garçon ou quasi tel, il passerait, mais ne pourrait jamais remorquer une femme que, ni l'argent, ni l'éducation, ni les entours n'auraient préparée à un tel rôle. Il ne fit donc

rien ni pour la présenter \ ni pour la mener dans les maisons oiî il était accueilli, pas même dans celle où il avait été élevé, où il passait encore sa vie, chez le duc de la Rochefoucauld. Pendant qu'il y dansait des pas, y jouait des comédies, y reprenait ses habitudes, Joséphine avec ses dix-sept ans, allait de la rue Thé-, venot à Noisy-le-Grand, sous la garde de M™" Renaudin qui revoyait jusqu'aux lettres intimes qu'elle écrivait à son mari, et elle avait comme distraction de rechercher, dans la garde-robe du vicomte, les vestes brillantes ou les habits pailletés qu'il fallait lui envoyer pour les fêtes où il était convié.

Dès 1781, lorsque son mari lui écrit, c'est en maître d'école et l'on dirait ses instructions dictées par Palricol : « Je suis ravi du désir que tu me témoignes de l'instruire. Ce goût qu'on est toujours à même de contenter, procure des jouissances toujours pures et a le précieux avantage de ne laisser aucun regret quand on l'écoute. C'est en persistant dans la résolution que tu as formée que les connaissances que tu acquerras t'élèveront au-dessus des autres et que, joignant alors la science à la modestie, elles te rendront une femme accomplie. Les talents que tu cultives ont aussi leurs agréments et, en y sacrifiant une partie

* Il faut y insister, car, à présent, cette légende que Joséphine fit partie de la cour de Marie-Antoinette semble revenir d'Allemagne. Ueicliardt prétend avoir vu Josépiune au Palais de Saint-Cloud suivant la Pleine en qualité de demoiselle d'honneur avant son mariage avec l'infortuné général Beauharnais. Or, on a vu ce qu'était Joséphine avant son mariage; ce mariage est en date du 13 décembre 1779; et Saint-Cloud fut acheté pour la tleine le 24 octobre 1784. Croyez ensuite aax témoins oculaires!

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