li< JOSÉPHINE DE BEAUriMlNAIS
une vif aussi active que celle de Tarmée, le temps écoulé dans le calme d'une solitude eût été aussi rapide. La fin du jour arrive pour moi aussi promplemenl qu'avant ma retraite. Il est vrai que ma lète n'est point oisive : elle se fatigue en combinaisons pour le salut de la République, comme mon cœur s'épuise en efforts et en vœux pour le bonheur de mes concitoyens. »
Il passe vite en effet, ce temps qu'Alexandre trouve si rapide. Le 12 ventôse (2 mars), « le Comité de Sûreté générale arrête que Beauharnais, ci-devant commandant en chef de l'Armée du Rhin et actuellement maire de Romorantin \ sera conduit et mis en une maison d'arrêt à Paris, que les scellés seront apposés sur ses papiers, distraction faite de ceux qui seront trouvés suspects ». Le citoyen Sirejean, commissaire du Comité, se rend en Loir-et-Cher, arrête Beauharnais et le ramène. Du Luxembourg- où il est d'abord déposé, Alexandre est conduit aux Carmes où il est écroué le 24 ventôse (14 mars). Le premier signataire de ce mandat d'amener, c'est Vadier, sur qui comptent tant Beauliarnais et Joséphine, et après, Jagot, Louis (du Bas-Rhin), David^ Lebas, Lavicomterie et Dubarran.
Josépliine, qui a failli se compromettre en sollicitant la liberté de sa belle-sœur, ne s'épargne point
• Il n'est maire que de la Ferté-Aurain, mais le Comité ne peutil penser qu'il s'agit d'un si médiocre village et de son autorité, il le suppose maire du chel-lieu de district.
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sans doute en faveur de son mari, dont elle a entreposé dans son grenier — nouvelle preuve qu'il n'y à pas habitation commune — les papiers et les effets. Toutefois, ce n'est pas à ces inportunités qu'elle doit de partager bientôt son emprisonnement. Dans le système de terreur en vigueur, il n'est si petit village qui n'ait son comité révolutionnaire et, à défaut, ses dénonciateurs en titre. C'est peut-être à la Ferté que s'est formé l'orage contre Beauharnais; c'est à coup sûr de Croissy que souffle la tempête contre Joséphine.
Une dénonciation anonyme lancée contre la petite société qui s'y est frileusement groupée, dénonciation où il est recommandé de « se méfier de la ci-devant vicomtesse Alexandre de Beauharnais, qui a beaucoup d'intelligences dans les bureaux des ministres, » a déjà eu pour effet l'arrestation de Vergennes ; elle entraîne bientôt un arrêté, pris le 30 germinal (19 avril) parle Comité de Sûreté générale, ordonnant l'arrestation de « la nommée Beaubarnais, femme du ci-devant général, rue Dominique, 9o3, la nommée Hosten, même maison et le nommé Croiseul, leur allié, demeurant à Croissy près Chatou. Examen sera fait de leurs papiers et extraction de ceux trouvés suspects, qui seront apportés au Comité ; perquisitions seront faites, les scellés apposés, procès-verbal dressé et les susnommés et tous autres chez eux trouvés suspects, conduits dans des maisons d'arrêt de Paris pour y rester détenus par mesure de sûreté générale ».
Deux membres du Comité révolutionnaire de la sec
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lion (les Tuileries, Lacomlje cl Georges, charités de l'exécution des ordres du Coniilé de Sûreté générale, requièrent le 2 floréal :21 avril) un membre du Comité révolutionnaire Fonlaine-de-Grenelle, se transportent rue Saint-Dominique, chez Joséphine, la requièrent de leur représenter « tout ses papier et correspondance, a coye alant ob.'cnip'ré avom, disent-ils, procédé à leurs exhamains et après la recherche la plus scrupuleuse nous navons incn trouvez de coniraire au intérêt de la republique, au contraire une multitude de lettre patriotique qui ne pcuve faire que rélor/e de cette citoyenne ». Apposition des scellés est faite sur deux secrétaires, puis « sur deux awnoire qui sont dedant un grenier dedanl lequel ils et déposé le papier correspondance du citoyen Bcauharnois que sez effet »; la garde des scellés est confiée à la citoyenne Marie Lanoy promue à la qualité d'amie de la citoyenne Beauharnais; celle-ci est arrêtée et conduite à la prison des Carmes à défaut de celle des Anglaises, désignée d'abord, mais où la place manque.
Cette prison des Carmes où les murs sont encore tachés du sang des massacrés de Septembre est une des i)lus insalubres de Paris. Une humidité effroyable, le supplice de la vermine, des fenêtres bouchées, des repas pris en commun, les hommes d'abord, les femmes après ; dans les i-orridors, jamais éclairés, des cuves pour les besoins, qu'on vide à peine et contre lesquelles on trébuche; les hommes malpropies, les jambes nues, le col nu, un m.ouchoir autour do la lèce, point peignés, la barbe longue ; les iemmes en
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petite robe ou en pierrot de couleur, se négligeant la plupart : l'effroyable deni^ain, l'inexorable tribunal et cet échafaud oîi il faudra monter !...
Il y a bonne compagnie pourtant : des ducs et des princes, le prince de Salm-Kyrbourg, M. de Rohan- Monlbazon, le duc de Béthune-Charost, la duchesse d'Aiguillon; il y a l'abbé de Boulogne, Delphine de Cuslinc, née Sabran, les Saint-Pern, M. de Gouy d' Arcy, l'ancien constituant ; M. Destournelles, l'ancien ministre ; M""' Charles de Lamelh, M. de Mesgrigny, ]\r"^ de Sourdeval et ses deux filles, le comte de Soyecourt et Champcenclz, des grands seigneurs, des grandes dames, des députés, et aussi, car c'est un monde en miniature, des petites gens, dentistes, huissiers priseurs, blanchisseuses, ràpeurs de tabac, des volontaires, des imprimeurs, des relieurs, des marchands de tableaux, des domestiques, des matelots, des horlogers, des ingénieurs, des hommes de loi, des coiffeurs, des minéralogistes^ des architectes, des gendarmes, des peintres, des limonadiers, des cochers, des cultivateurs, des épiciers, des armuriers, toutes les conditions, toutes les professions, tous les métiers, sept cents individus, différant d'âge, d'origine, d'éducation, de milieux, hommes, femmes, enfants — il y a des garçons de treize ans — jetés là comme sur un radeau perdu en mer, condamnés, avant la mort, au supplice de vivre ensemble, de se frotter constamment les uns aux autres, et en attendant la promiscuité du panier, c'est la promiscuité, odieuse à chaque instant du jour, de la chambre, de la table, da préau.
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Là, Joséphine rencontre son mari ; ce n'est que là peut-être qu'ils se réconcilient franchement ; — mais encore c'est à la façon dont on entendait les ménages dix ans auparavant. Liberté entière, bonne amitié, confidence peut-être des amours réciproques : Alexandre et Joséphine semblent en parfaite entente, témoin les lettres qu'ils écrivent en commun à leurs enfants demeurés à la garde de la citoyenne Lanoy, mais Alexandre se prend d'une grande passion pour Delphine de Gustine, tandis que Joséphine s'établit en coquetterie réglée avec lloche, entré presque en môme temps qu'elle aux Carmes. (L'ordre d'arrestation est du 22 germinal.)
Mari et femme, chacun de son côté, se donnent grand mal pour réunir des pièces justificatives, des témoignages favorables, des certificats de civisme. Beauharnais rédige pour le Comité de Sûreté générale un mémoire où il établit ses services démocratiques, où il raconte sa vie, énumère les sociétés popul-aires quil'ont nommé président : Paris, Blois, Valenciennes, Strasbourg, Chaumont, où il réclame sa liberté « pour augmenter la haine des rois dans le cœur de ses enfants, savoir un garçon de douze ans et demi qui apprend à Paris le métier de menuisier et une Olle de onze ans élevée chez sa mère dans les principes républicains ». Bien mieux, il lève un village entier pour le réclamer : les officiers municipaux, conseil général et habitants de la Ferlé-Aurain, assemblés extraordinairement pour certifier que le citoyen Alexandre Beauharnais, maire de la commune, s'est