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Le 30 thermidor an III (17 août 1793), au moment où rien nest terminé de ses affaires, oîi le plus clair de ce qu'elle possède, ce sont les 50 000 livres assignats empruntés de la tante Renaudin qui valent à peine 2 500 livres, au moment oii elle doit à Dieu et au Diable, et où elle n'a pu rien recevoir encore de la Martinique, Joséphine prend à bail de la citoyenne Julie Carreau, épouse séparée de Talma, pour trois, six ou neuf années, moyennant un loyer annuel de 10 000 francs en assignats ou de 4 000 francs en numéraire, un hôtel entre cour et jardin, sis rue Ghantereine, n° 6, un hôtel comportant écuries, remises et dépendances, exigeant un domestique relativement nombreux, portier, jardinier, homme de service — un hôtel qui, par le passé de sa propriétaire, est une maison galante, la maison des fêtes de la demoiselle Julie, avec, tout proche, l'hôtel de la Dervieu, tout autour des hôtels des Impures en nom, le
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luxe, i'élégance, la recherche des fille? entretenues.
Sans doute, ce n'est point ici du grand, et il ne faut point s'attendre à des palais : sur la rue Ghantereine *, peu construite encore, puisque sur ses trois cents toises, entre le faubourg- Montmartre et la chaussée d'Antin, il n'y a que dix-neuf numéros, ouvre par une porte cochère un long couloir, resserré entre les murs des propriétés voisines. A l'entrée de ce passage, chambre et escalier pour le portier; à l'extrémité où il s'élargit en une façon de courcelle, deux petits pavillons, remise'et écurie ; de là, accès sur un tout petit jardin.
Tout le terrain, construit ou libre, n'a de superficie que GOl toises — 1 171 m. 471 — et, au milieu, un pavillon isolé, élevé d'un rez-de-chaussée et d'un
' Il serait curieux que, à une date ancienne, la rue ou plutôt l'emplacement de la rue Ghantereine ait été désignée sous le nom de la Victoire; il est certain que l'abbaye de la Victoire érigée par Philippe-Auguste à Senlis en commémoration de la victoire de Bouvines oii l'evéque de Senlis avait été son chef d'état-major, cette abbaye qui avait reçu une importante partie des débris subsistants du Domaine royal en Ile-de-France, avait, près Paris, été dotée d'un jardin, un marais et un vinier sis entre la Ferme des Mathurins, les Porcherons et La Grange-Batelière. Ce lieu s'appelait Chanterelle par dérivé de Clianlereine et à cause des grenouilles — les reines et reinettes — qui y chantaient. Mais on l'appelait aussi Marais des Porcherons et mieux Marais de la Victoire ou simplement La Victoire. C'est ainsi que, dans mon pays, à Asnicres-sur-Oise sont désignées, dans les anciens titres, les parties du domaine et même du parc royal qui, par Philippe-Auguste, ont été détachées pour l'abbaye de la Victoire. Lorsque des chaumières commencèrent à s'élever dans ce marais, l'espèce de chemin qui y conduisait fut désigné sous le nom de Paielette au Marais des Porcherons. Puis il reçut deux noms, du faubourg Montmartre à la rue Saint-Georges : rue (Ghantereine; de la rue Saint-Georges à la rue Saint-Lazare, rue des Postes (1779). La rue Clianlereine s'est bâtie presque entièrement de 1779 à 17'JO; mais toute maison presque y était hôtel avec cour et jardins.
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atlique,. avec caves et cuisines au-dessous. Cinq pièces à l'étage, car l'attiquê if est point surélevé et ne sert qu'aux gens : donc, une antichambre, une chambre à coucher, un petit salon servant de salle à manger, un autre petit salon en forme de demi-rotonde, que suit une sorte de petit boudoir et une garde-robe. Quatre mille livres métalliques, c'est payer cher l'agrément d'être chez soi, en ce temps où partout l'on demande la résiliation des baux, oii le pain arrive à se payer 22 francs la livre au Palais-Royal, où les rentiers, même de 20 000 livres, ne peuvent plus subsister^ où l'on voit des hommes de bonne apparence, d'éducation distinguée, « ramasser dans du fumier des pelures .de patates cuites et les dévorer w. Et c'est le moment où Joséphine se charge d'un tel loyer, où, toute -joyeuse des deux chevaux hongres à poil noir, âgés d'environ sept ans, dont la République lui a fait présent, elle prend un cocher; où, en dehors du citoyen Gonthier, à son service depuis au moins les débuts de l'an III, elle engage un cuisinier, le citoyen Gallyot ', et elle a une femme de chambre, Louise Gompoint, laquelle a succédé à une Agathe — Agathe Rible, qui viendra plus lard reprendre la place. — Il est vrai qu'il n'est plus question de Marie Lanoy, qui semble bonne fille, car, de ses gages fixés à'GOO livres numéraire par an "et dont elle n'a rien touché, de ses avances qui montent à 26 758 livres assignats, des 42 000 francs de Sabatier et du reste, elle ne fait
' Il accompagnera Bonaparte en Egypte et sera retraité garde des Duuclies à Eoiildintbleau.
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point élat, ne prend même pas de reconnaissance.
Hortense, tandis que sa mère se charge ainsi d'un train, est placée en pension à cette Institution Nationale de Saint- Germain, que M™" Gampan vient de fonder pour restaurer la société et pour gagner son pain. Faut-il croire que Joséphine demande un rabais à M""" Gampan ; que, au lieu de 1 200 livres, elle en offre 600 pour l'entretien de sa fille ? Rien de tel pour marchander, en telles occasions, comme les gaspilleuses.
Encore peut-elle dire que sa fille, qu'elle est obligée d'entretenir, lui coûterait autant partout, mais pourquoi, des mains de Hoche qui ne demande qu'à le garder, reprend-elle Eugène pour le placer chèrement dans la pension qui vient d'ouvrir, à Saint-Germain, sous le nom de collège Irlandais, un sieur Patrice Mac-Dermott autrefois, dit-on, précepteur du jeune Henri Gampan?
Et, avant môme d'entrer en jouissance de son hôtel, ce qui ne peut avoir lieu que le 10 vendémiaire an IV (2 octobre 95), Joséphine s'occupe de rafraîchir et de compléter le mobilier qu'elle a rue Saint- Dominique : elle fait acheter le l""" fruclidor (18 août) par Marie Lanoy dou«e pièces de nankin bleu à 190 livres la pièce — 2 280 livres au total — qui, ornées d'une crête rouge et jaune, serviront dans la chambre à coucher à recouvrir six chaises de bois à dossier renversé, bronzé, allant avec la couchelle à deux dossiers de bois bronzé pour laquelle on lui demande quarante louis — près de 50 000 livres assignats. Avec cela, de jolis
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meubles qu'elle a : un secrétaire à glaces et colonnes, de bois jaune de la Guadeloupe encadré de bois rouge avec miroir et dessus de marbre ; une table de bois jaune octogone avec dessus de marbre Porlhor ; une table à écrire de bois de noyer de la Guadeloupe, un vide-poche en acajou, un petit buste de Socrate en marbre blanc ; dans un coin, une harpe de Renaud. On fait moins de frais pour l'antichambre où l'on place seulement un bas de buffet en chêne et une armoire de sapin pour serrer la vaisselle, et une fontaine à laver ; on n'a dans le petit salon servant de salle à manger que quatre chaises d'acajou couvertes de crin noir, autour d'une table ronde à pans rabattus, qu'accompagnent quelques servantes à rafraîchissoirs et deux tables à dessus de marbre assez élégantes : point d'autres meubles, les armoires vitrées où s'étale la fontaine à thé en plaqué anglais forme étrusque; les plateaux, les vases, le sucrier de plaqué, sont pratiquées dans le mur et il suffît, pour l'ornement, des huit estampes dont une, en sanguine, représente V Innocence dans les bras de la Justice. Dans le petit salon en demi-rotonde, le boudoir, le cabinet de toilette plutôt, car à côté ouvre la garde-robe intime, tout est disposé pour le travail nécessaire, le travail de la mise au point du visage : glaces partout : glace de 12 pouces de haut sur 36 de large, à un miroir monté sur un pied portatif en chêne, posé sur la commode d'acajou à dessus de marbre bleu turquin ; glace en deux morceaux au trumeau de cheminée peint en gris ; glace à la toilette de bois d'acajou; et puis un