‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796 (volume 3)Chapitre 27 sur 30 · JOSl':riIINE de BEAUIIARiNAIS · texte numérisé non relu

JOSl':riIINE de BEAUIIARiNAIS

forte-piano de Bernard pour prendre des allitudes et faire croire qu'on en sait toucher... Aux murs, seize petites estampes encadrées. C'est tout.

Luxe médiocre, sans doute, mais enfin il faut payer. Qui paie?

Du 9 thermidor an II au 18 hrumaire an YXII, la République, sans qu'elle s'en doute, a un maître : Barras. C'est lui qui, pour sauver ses camarades et ses complices, les Conventionnels en mission, à qui Robespierre va faire rendre gorg-e, se fait le sabre dont ils ont besoin pour égorger le dictateur; lui qui, de thermidor an II à vendémiaire an IV, apparaît comme le sauveur, le soldat des Conventionnels, frappant à droite, frappant à gauche, mais se maintenant debout au milieu de toutes les réactions. C'est lui qui établit, lui qui maintient, qui perpétue, à travers la Constitution de l'an III, la tyrannie de la Convention; qui, fermant la bouche par le coup d'État de Fructidor an V, par les invalidations individuelles de l'an VII, à la France légalement insurgée, arrête, comprime, supprime la volonté de la Nation. Tout cela, non pour un principe, non pour des idées, non pour des rêves, mais parce qu'il trouve la place bonne, en jouit, veut en jouir. Le pouvoir, il s'en soucie assez peu ; mais les agréments du pouvoir, l'argent, le luxe, les femmes, et le reste, voilà ce qu'il veut. Il l'a et le garde. Etant brave, car au moins il est cela, ayant servi, étant gentilhomme, il a celte immense qualité de mépriser qui l'entoure, — lâches, parleurs, petites gens. Il a gardé

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àe bonnes façons, de la tournure, le bel air, un peu casseur, du coureur de tripots, quelque peu souteneur, qu'il a été. Combien vrai de lui, ce que Lefebvre disait de Talleyrand : « De la M.... dans un bas de- soie ». Mais, de plus que Talleyrand, il a l'audace, il ne boude pas au feu ; il lire Tépée et en jette le fourreau. Pour lui plaire, il faut l'appeler : Général. Il se prend au sérieux, a des aides de camp, donne des ordres, et àpropos. Gela suffit,

Get homme, et c'est là le côté curieux de sa nature, admet bien qu'il s'encanaille avec les hommes, mais il ne vit qu'avec des femmes d'ancien régime ; il lui faut, dans son intimité, de la grâce, de l'élégance, de la distinction ; il ne saurait prétendre aux femmes du premier rang-, guillotinées, émigrées, cachées, mais à celles-là qui ont déjà couru l'aventure, qui — pour sauver leur tète ou leur fortune — se sont compromises avec quelque jacobin; celles-là qui par leurs maris ou leurs amants ont versé dans la Révolution et qui, à présent, d'autant plus besoigneuses que le luxe renaît, d'autant plus avides qu'elles en ont plus le désir et le besoin, cherchent la proie. Il la leur fournit — mais médiocrement de sa poche, il a trop de besoins luimême pour être si prodigue qu'on a cru ;— il les met en présence des fournisseurs, des banquiers, des gens à argent qu'il exploite lui-même et qu'il leur permet d'exploiter ensuite ; il leur ménage des affaires, il les associe à ses profits.

D'ailleurs correct : il aime la tenue, comme il aime le luxe. Il sait donner un dîner et, ce diner ne élis-

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sera point à l'orgie. Ce ne sera jamais aux grosses viandes, aux gros vins, aux grosses débauches à la Chabot qu'il se roulera, il lui faudra du raffiné et de l'élégant. S'il prend une pointe, ce sera du meilleur vin d'Ay ; il y aura des fleurs sur la table et des coussins sur les sièges, les glaces viendront de chez Velloni et, ensuite, s'il se débauche, la femme sera rare, exquise et parfaitement dressée.

Tel est l'homme : et tel celui qui quelque temps a élé l'amant de Joséphine : point encore membre du Directoire quoi qu'on ait dit, mais plus maître sans doute comme président de la Convention, comme membre de la Commission des Cinq, comme membre du Comité de Sûreté générale, comme général en chef de l'Armée de l'intérieur, trois fois élu tel par la Convention. En mission dans le Nord en floréal an III (mai), il est revenu en messidor (juillet) ; il devient tout-puissant en vendémiaire an IV (septembreoctobre), mais ce n'est que le 10 brumaire (1°' novembre) qu'il est élu membre du Directoire, le 13 (5 novembre) qu'il s'installe au Luxembourg.

Il est permis de penser qu'il n'y a point entre ces dates et celles de l'installation de Joséphine, rue Chantereine, une simple coïncidence : c'est le 30 thermidor an III (17 août) que Joséphine signe son bail; c'est en fructidor (août-septembre) qu'elle met ses enfants en pension, c'est le 10 vendémiaire an IV (2 octobre) qu'elle entre en jouissance, c'est le 14 (6 octobre) qu'elle donne ordre de meubler sa chambre.

La liaison dure ensuite quelque temps : et c'est à

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