LE PÉRR ET LA MÈRE DE JOSEPHINE
Les la Pagerie se qualifient chevaliers, seigneurs de la Pagerie ; ^I""® de la Pagerie se dit Demoiselle et l'on ne donne que du messire à M. de Sannois , sans nul titre à sa femme. En ce temps, cela a son importance, et l'on en pourrait tirer quelque doute sur les origines de Sfarie-Catherine Brown.
Joseph-Gaspard, qui, étant né en 1735, est à peine d'un an plus âgé que sa femme, s'établit aux Trois- Ilets chez ses beaux parents qui y possèdent une jolie habitation et qui ont de plus des terres à Sainte-Lucie; mais, à peine quelques mois écoulés, il est, en sa qualité de lieutenant de canonniers, appelé à défendre la colonie contre une nouvelle descente des Anglais. Le gouverneur, M. Levassor de la Touche, originaire de la Martinique, ayant épousé une créole, M'''' de Rochechouart, connaissant au mieux toutes les ressources, le fort et le faible de l'île, a utilisé tous les moyens, groupé tous les éléments de défense, organisé les bataillons de milice, créé des compagnies de flibustiers et de cadets de famille, même armé un régiment de nègres d'élite. Moyens de transport, approvisionnements, batteries de côte, il a tout prévu, tout préparé ; et ses dispositions n'ont pour l'efficacité nul rapport avec celles prises deux ans auparavant par M. de Beauharnais ; mais il n'a, au total*, que 1000 hommes de troupes réglées — 700 grenadiers royaux et 300 soldats de marine — et l'expédition qui se dirige sur la Martinique se compose de dix-huit vaisseaux de ligne, douze frégates, quatre galiotes à bombe et environ deux cents navires ayant à bord 20 000 soldats !
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Le 7 janvier 17G2, les Anglais sont signalés ; le 9, ils débarquent 1 200 honimes à Sainte-Anne, mais y échouent un vaisseau de ligne qu'ils incendient et, après trois jours d'escarmouches où ils perdent soixante hommes, ils sont contraints par les milices de se rembarquer. Le 13, nouvelle descente de 2 000 hommes aux Anses d'Arlets ; les grenadiers royaux et les milices prennent encore l'avantage; mais, bien que débusqués de leur première position, les Anglais gardent pied. Le 16, leur flotte entière paraît devant la baie de Fort-Royal, ouvre le feu et, durant dix heures, bombarde les batteries de défense qu'elle rend intenables; puis, le vrai débarquement s'opère; le n, il est terminé et, munis de leur matériel, les Anglais occupent les points dominants : ceux que les Français gardent encore leur sont successivement arrachés et le bombardement de la citadelle et de la ville commence. Il dure huit jours et se termine par une capitulation honorable. Le Gouverneur général, décidé à tenir jusqu'au bout, a, du Lamentin, gagné les hauteurs du Gros-Morne, où il compte, avec quelques forces qui lui restent, prolonger la défense jusqu'à ce qu'il reçoive de France les secours annoncés ; mais les habitants, découragés, craignant la ruine et l'incendie de leurs propriétés, se hâtent de signer avec les Anglais des capitulations isolées. Réduit à un seul quartier dont les habitants refusent de se détendre, la Touche capitule à son tour le 13 février; le 15, la capitulation est définitive et, vingt-cinq jours après, le 8 mars, arrive l'armée de secours :
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9 000 hommes, montés sur onze vaisseaux et quatrf frégates aux ordres du comte de Blénac. Il est trop tard.
M. de la Pagerie avait suivi jusqu'au bout la fortune du Gouverneur. Chargé, a-t-il dit lui-même par la suite, du commandement d'une batterie à la Poinledes-Nègres, il y avait soutenu pendant neuf heures le feu de trois vaisseaux, et ne s'en était retiré que pour continuer la lutte aux batteries de Latapy et du morne Tartanson. Il ne s'était point ensuite associé aux capitulations isolées des habitants, avait accompagné M. de la Touche dans sa marche sur Saint-Pierre et n'avait posé les armes que sur son ordre.
La conquête achevée, il retourna vivre aux Trois- Ilets oij, le 23 juin 4763, sa femme Rose accoucha d'une fille qui, cinq semaines plus tard, reçut au baptême, de son grand-père maternel Joseph des Vergers de Sannois , et de sa grand'mère paternelle , TI/rtWe-Françoise Boureau de la Chevalerie de la Pagerie, les noms de M arie-Joseph-Rose : c'est Joséphine.
Dans les trois années qui suivirent, M""" de la Pagerie eut deux autres filles : Gatherine-Désirée, née le 11 décembre 1764 (nommée par son grand-père paternel et sa grand'mère maternelle) et Marie-Françoise, née le 3 septembre 1766 (nommée par son oncle maternel et par sa tante paternelle, M*"® Lejeune- Dagué).
La fantaisie qu'éprouva plus tard Joséphine de se rajeunir, certaines contradictions que l'on ren-
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contre dans les pièces officielles et qui paraissaient inexplicables, ont fait discuter la date vraie de sa naissance, et, à suivre uniquement les textes, l'on eût été embarrassé. Outre un acte de décès en date du 16 octobre 1777, au nom de Gatherine-Désirée, Ton trouvait, en date du 5 novembre 1791, un acte d'inhumalion au nom de Marie-Joseph-Rose : Ton en concluait, fort naturellement, que des trois filles de M. et M™° de la Pagerie, Tunique survivante était Marie- Françoise, née le 3 septembre 1766; tandis que de fait, c'était cette Marie-Françoise qui était morte en 1791, et que Marie-Joseph-Rose vivait.
De 1761 à 1791, six curés, moines ou missionnaires, avaient successivement été chargés de la tenue des registres aux Ïrois-Ilets : le frère Marc, capucin, pouvait ne pas connaître les prénoms exacts de ses paroissiennes et prendre l'une pour l'autre. Sans doute, il semblait étrange que les assistants, MM. Pocquet de Puilhery, d'Audiffredy, Cleiiet, Durand cadet, Jean Goujon et Tascher, qui avaient signé l'acte de sépulture, n'eussent point relevé l'erreur, mais lit-on les actes qu'on signe?
D'ailleurs est-on certain que ces prénoms n'avaient point été suggérés au frère Marc : d'un document, trop peu auUientique pour qu'on s'y fie, trop affirmalif pour qu'on le néglige, il résulte que, le 17 mars 1786, une demoiselle Tascher est accouchée, à Rivière- Salée, d'une enfant du sexe féminin, qui fut tenue au baplème par ses grand-père et grand'mère, adoptée M"'" de laPagerie et, après la mort de celle-ci, mariée.