‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796 (volume 3)Chapitre 9 sur 30 · LE PERE ET LA 51 È 11 E DE JOSEPHINE · texte numérisé non relu

LE PERE ET LA 51 È 11 E DE JOSEPHINE

le \2 mars 1808, à un sieur J.-B. Blanchet, négociant à Fort-Royal. Il n'est point douteux que cette enfant a existé : lors de la mort de M"**^ de la Pagerie et du règlement de ses affaires, en 1807, Decrès, ministre de la Marine, écrivait, par ordre de TEmpereur, au préfet colonial : « La demoiselle de dix-huit ans, enfant trouvée, que M"''' de la Pagerie avait recueillie et adoptée, sera mariée convenablement et elle sera dotée de 40 000 à 60 000 mille francs, en supposant que cette somme puisse lui faire conclure un mariage plus avantageux qu'elle n'eût pu l'espérer si M""" de la Pagerie avait pourvu à son établissement. » Le préfet colonial, par lettre du 2 avril 1808, rendit compte que, conformément à ces ordres et moyennant ladite dot de 60 000 francs, ia demoiselle de dix-huit ans, qu'il nommait Marie-Bénaquette, avait épousé, quelques jours auparavant, le secrétaire particulier du capitaine général, commis principal de la marine, âgé de plus de quarante ans, doué d'un caractère à rendre une femme heureuse et en état de faire valoir la fortune qu'elle tenait de la munificence impériale.

Les dates fournies concordent avec une telle précision qu'il paraît bien difficile qu'il ne s'agisse pas ici de la même personne. Ce n'est pas Joséphine qui est accouchée à Rivière-Salée en 1786, car, à cette date, sa présence à Paris ou, aux environs est constante. Estce donc que l'accouchée, dans un intérêt facile à comprendre, a pris les prénoms de sa sœur pour faire rédiger l'acte de baptême et que , pour le même intérêt, on les-lui a conservés dans l'acte d'inhuma-

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lion? En loiil cas, nul doute n'est possilde sur la personnalité de Maric-Joscpli-Rose et sur la date de sa naissance.

Joséphine était née française : en janvier 17G3, la suspension d'armes entre les cours de France, d'Espagne et d'Angleterre avait été publiée à la Martinique ; le 31 mars, la nouvelle du traité de Paris y avait été officiellement connue ; le 12 juin, la flotte française, chargée de reprendre possession de l'île, avait touché à Sainte-Lucie ; le 14, l'intendant, M. de la Rivière, était venu demander la remise au commandant anglais, et, celle remise étant efTccluée, le nouveau gouverneur, le marquis de Fénelon, avait débarqué le 8 juillet. AussilotlM. delaPagerie avait fait, près de la Cour, ses instances pour obtenir la récompense de ses services, et il avait sollicité, en même temps que sa réforme comme lieutenant de canonniers, une pension du Roi. Il en eut une de 430 livres. Il fallait que le Roi fût riche ! Mais M. de la Pagerie avait à Versailles un bon avocat. M. de Beauharnais, depuis son retour en France, s'était intrigué pour retrouver la faveur des ministres, el, comme la bienveillance des bureaux lui était acquise, il avait réussi non seulement à faire passer l'éponge sur les actes de son administration, — en particulier sur une certaine alTaire d'approvisionnement de la Martinique qui avait été l'objet d'une dénonciation formelle de la part des habitants ; — non seulement à faire mettre en oubli, pour ce qui le concernait, la responsabilité de la prise de la Guadeloupe,

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mais, la paix survenant, à obtenir coup sur coup les grâces les plus flalleuses et les plus désiraliles : pension de 12 000 livres, gra'de de chef d'escadre des Armées navales, érection en marquisat, sous le nom de la Ferté-Beauharnais, de la châtellenie, terre et seigneurie de la Ferté-Aurain en Sologne. Qu'eût-on fait de plus, en vérité, si, au lieu de perdre une colonie, il l'avait conquise ou simplement conservée?

Que M. de la Pagerie pût à son tour compter sur la protection du nouveau marquis, comment en douter ? A son arrivée en France, M'°^ Renaudin s'était, dit-on, placée quelque temps dans un couvent rue de Grenelle-Saint-Germain ; puis elle avait pris un appartement rue Garancière ; et enfin, à Paris comme à la campagne, elle s'était mise à vivre publiquement sous le même toit que M. de Beauharnais, tandis que M™" de Beauharnais qui, au début du moins, ne semblait point avoir de soupçons, qui, sans doute, avait la première attiré à Fort-Royal M"" de la Pagerie ets'était plu en sa compagnie, qui même, dans la première année de son retour, avait encore des illusions, contrainte à la fin d'ouvrir les yeux, se relirait près de sa mère, à Blois, d'où elle venait de temps en temps faire quelque court séjour à Paris. Ce fut dans un de ces voyages qu'elle mourut, le 5 octobre 1767.

Désormais, M"'° Renaudin était, sans lutte possible, l'unique maîtresse : elfe n'avait pas seulement la main sur le marquis, mais sur sa maison et sur ses fils, sur Alexandre surtout qui, demeuré à la Martinique sous la garde de M"'' Tascher, était plus spécia-

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lement son pupille. Elle s'était impatronisée et, en femme de tète, elle prétendait se maintenir à perpétuité en possession de celte fortune où elle était installée. Pour cela, il lui fallait des appuis dans la place : il fallait qu'elle créât des obligations à la seconde génération : à Paris, elle était isolée, ne voyait personne, n'avait personne pour lui prêter aide et secours ; mais, là-bas, elle avait sa famille, frères, belles-sœurs et nièces, et ce fut de là qu'elle demanda des alliés, et ce fut avec de si médiocres moyens que son génie d'intrigue forma un plan qui devait, en assurant le sort des siens et son propre avenir, lui donner bien de l'argent et lui rendre même quelque considération.

La pension de 4o0 livres que M. de la Pagerie avait obtenue de la Cour venait d'autant mieux que dans la nuit du 13 au 14 août 17G6, un ouragan avait presque détruit son habitation. La maison fut ruinée, les plantations dévastées, sort commun d'ailleurs àTile entière, où les pertes furent immenses. Quatre-vingts navires grands et petits furent jetés à la côte, quatre cent quarante personnes tuées, cinq cent quatre-vingts blessées. Ce fut un désastre. Aux Trois-Ilets, seul le bâtiment de la sucrerie résista; on s'y installa tant bien que mal. Les ressources qu'a M. de la Pagerie ne lui permettront pas durant vingt-cinq ans de rétablir une maison. C'est dans la sucre^ryî, à laquelle onaseulement ajouté une galerie du côté du sud et oii l'on a disposé des chambres dans la partie supérieure, que l'on vit. La mer tout près, mais qu'on'ne voit pas; à un quart de îieue, le village, une cinquantaine de petites maisons en bois autour d'une chapelle; eà et là quelques habi-

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talions; la plus proche à un M. Marlet; Fort-Royal de l'autre côté delà large baie, loin, loin !

C'est là que Joséphine est nourrie par une mulâtresse appelée Marion, qui, plus tard afl'ranchie par ordre de l'Empereur, reçut une pension annuelle de SOO francs, portée à 1 200 sur les instructions formelles de Napoléon '; c'est là qu'elle grandit en pleine liberté jusqu'à l'âge de dix ans. La flânerie dans les ombres profondes que font les immenses manguiers, au-dessus du ruisseau clair où l'on prend son bain; les longues admirations de soi, l'étude de son corps, et des mou-

' Voici le texte rie ce brevet en date du 20 septembre 1807 :

TRÉSORERIE GÉNÉRALE DE LA COURONiNE

Bvetet d'une tension de 1 200 francs en faveur de demoiselle Marion, mulûlresse libre de la Martinique.

Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la Confédération du Rhin.

Voulant récompenser les soins que la demoiselle Marion, mulâtresse libre de la .Martinique, a donnés à Noire Épouse bien- aimée l'Impératrice des Français, reine d'Italie, dans sa plus tendre enfance,

Nous lui avons accordé et accordons par les présentes une pension annuelle de douze cents francs pour en jouir sa vie durant.

Mandons et ordonnons en conséquence au sieur Estève, trésorier de Notre Couronne, de faire payer sur les fonds de Notre Trésor, à demoiselle Marion, ladite pension de douze cents francs de trois mois en trois mois, à dater du l" janvier 1808, sur la remise d'un certificat de vie et à la présentation du présent brevet signé de Notre main et visé de l'archichancelier de l'Empire faisant les fonctions de cliancelier de Notre Palais impérial.

Sir/ué : NAPOLÉON.

Par TEmpereur :

Vu : l'Archichancelier Le Trésorier général

de l'Empire, de la Couronne,

^igné : Camb.\céiîès. Siyné : Estève.

vements de grâce qu'on lui peut donner; le continuel bavardage, flatteur, adulateur, tendre pourtant, des mulâtresses et des négresses, qui, de bonne foi, louent la beauté de la petite maîtresse et l'exaltent, disent dès histoires, racontent les nouvelles des habitations voisines, tout un fatras de riens dont se fait la vie; point de souci d'existence, point de lutte pour en conquérir le nécessaire; en ce climat béni, point de froid à craindre, point de faim à satisfaire : des fruits, l'eau du rocher, c'est assez : mais des fleurs, des cailloux brillants, des coquillages aux vives couleurs, de tout ce qui sert à se parer, l'on n'en a jamais assez et, longuement, pour l'unique plaisir de ses yeux, l'enfant blanche, au milieu des noires attentives passe les heures à regarder dans le miroir du ruisseau comme sied à ses yeux, à son teint, à ses cheveux, une couleur, un reflet, une façon de coiffure, une expression de sourire. Et, sur toute sa personne qui ignore la pudeur, elle mène ainsi son enquête paresseuse, durant que, lui chantant des chansons créoles, conjurant pour elle les sorts ou lui prédisant des avenirs prestigieux, les négresses lui font une cour. Comme, en une telle existence, entre peul'àpre souci dulendemain dontsouffrent et pour lequel s'agitent les gens du nord! On se berce de rêves, dont la lumière satisfait; et on laisse les jours présents couler d'ans leur oisiveté chaude. Toutes choses de nature deviennent plus sensibles, plus intimes à qui vit ainsi, pénètrent plus profondément. Les fleurs, les oiseaux, les plantes, les animaux s associent à l'existence Ce n'est point de l'humanité.

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les nègres : si au-dessous du blanc, si loin ! Mais, dans celte grande animalité — pour qui Ton est doux d'ordinaire, avec des violences, à des jours, et, alors, cette sorte de folie de coups qui monte au cerveau de quiconque commence à frapper — on les aime, comme le reste, pour la commodité, pour l'utilité, pour l'agréement; mais on ne leur donne rien du cœur, rien de tendresse, et, comme des fleurs flétries, on les jette lorsqu'ils cessent de plaire. Si sûre que soit la négresse ou la mulâtresse, qui sert de nourrice, de bonne à l'enfant blanc, elle ne saurait jamais prendre une supériorité, donner une direction, faire faire quelque chose, commander l'enfant, elle est esclave. De là, à mesure que l'enfant perçoit des sensations et en reçoit des idées, une conscience de sa valeur, de sa puissance, de son autorité, de son droit, la certitude qu'il n'est inférieur à rien et qu'il est égal à tout. Mais, en môme temps, s'il établit des rapports et noue des relations avec des enfants blancs qu'il considère comme possédant virtuellement une noblesse égale à la sienne, une politesse, une grâce, une gentille façon de parler et d'agir qui ne tient point à l'éducation, ne semble point apprise, résulte autant do îa confuse impression de ce qu il doit à des pareils, que du besoin qu'il éprouve de déployer la joliesse des mouvements, la suavité de la voix, l'élégance du corps, longuement étudiées. Car les cires vraiment aimables et qui, dans la société, se montrent toujours tels, le sont surtout parce qu'il leur sied d'être aimables, bien moins pour plaire aux autres que pour se plaire.

Et c'est bien ainsi, semble-t-il, de Joséphine : celte sorte d' apprentissage de sa coquetterie en pleine indépendance; nulle autre société que les mulâtresses de rhabilation, qui la regardent et l'admirent; nulle culture intellectuelle, morale, ou religieuse; une mère, une grand'mère, des tantes qui la laissent se développer à sa guise ; point d'arg-ent, mais pas de besoins. On a prétendu-tjue M. de la Pagerie possédait cent cinquante nègres, jouissait do quelque oO 0(M) livres de rente, tenait table ouverte, représentait magnifiquement. Ah! le pauvre homme! Gomment eùt-il fait en cette purgerie qui lui servait de demeure, n'ayant pas même de quoi construire une maison ! Quinze à vingt nègres, des dettes écrasantes, — peut-être, quand même, la folie du jeu : sûrement l'amour des femmes de couleur (témoin cette sœur naturelle de Joséphine qu'on vit plus tard aux Tuileries), voilà sa vie. Il reste peu auxïrois-Ilets, semble plus souvent à Fort-Royal ou à Sainte-Lucie où l'on dit qu'il a des propriétés. — A la vérité, Ton ne trouve point son nom parmi les deux cent trente-huit habitants principaux de cette île qui, quelques années plus tard, fondent une association coloniale en vue d'ouvrir un commerce direct avec la métropole, mais M. de la Pagerie a sans doute une raison d'y être puisqu'on lui a conféré le grade de capitaine des dragons de la milice, ce qui implique 'd€s propriétés et, aux termes du règlement de 1768, une résidence continue : mais qu'étaient les dragons de Sainte-Lucie ?

Voici pourtant que Joséphine — Yeyette comme

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on l'appelle — marche sur ses dix ans el l'on songe qu'il faut lui apprendre les belles manières ; c'est pourquoi on la met en pension à Fort-Royal chez les Dames de la Providence. M"® Tascher, la mère, veuve depuis 1767, continue à résider à Fort-Royal, avec sa fille Rosette de la Pagerie', et c'est chez elle que sortira, peut-être que vivra Joséphine. L'institution des Dames de la Providence est bien moins en faveur dans la colonie que celle des Ursulines de Saint-Pierre ; mais on n'a pas le choix : à en croire leur programme, on apprend d'ailleurs chez elles tous les arts libéraux et autres : de fait, un très médiocre enseignement ]irimaire, à ({uoi Ion ajoute un peu, fort peu de musique et de danse. Vers la quinzième année, l'on juge l'éducation de Yeyette terminée et elle rentre aux Trois-Ilets. Faut-il croire que, dès ce moment, elle est coquette? que Tercier, alors capitaine au régiment de la Martinique, qui se flatte de ne lui pas avoir été indifTérent , ne ment pas à cette page de ses mémoires ? Faut-il retenir quelque chose de l'histoire étrange de cet Anglais qui, dans sa prime jeunesse, aurait connu et aimé Joséphine, qui resta fidèle à ce souvenir, au point de ne vouloir jamais se marier, et qui, en 1814, possesseur d'une fortune considérable, parvenu au grade de général, écrivit à rimi)ératrice qui se souvint de lui et le lit inviter à dîner à ^lalmaison. Mais, au jour lixé, Joséphine était

' Morte seulement le l^' octobre 1807, ayant vécu fort gênée, fort pauvre, malgré divers secours de l'Empereur et laissant "20 000 francs de dettes.

malade, alliée, mouranle et l'Anglais ne la revit jamais...

Pour la coquetterie, en vérité, qui peut douter qu'elle existe : n'est-ce pas d'instinct que la femme veut plaire? n'y prétend-elle point dans l'inconscience de ses primes années et n'est-ce pas là tout le but de sa vie? Mais combien plus, lorsque l'unique élude de la femme a été la mise en valeur de ses agréements, lorsque l'existence même qu'elle a menée, la société où elle a vécu, les flatteries qu'elle a reçues, ne lui ont pas permis de donner à son esprit un autre aliment, à son cœur un autre but, à son oisiveté une autre distraction?

Et pourtant, qui sait? même de bonne foi lorsqu'ils ont écrit et parlé, Tercier et l'Anglais restaient-ils dans la vérité ? N'est-il pas habituel qu'à l'âge mûr, l'on s'imagine avoir aimé toute femme qu'on a rencontrée dans l'enfance, et ce sentiment ne se double-t-il point de vanité lorsque la femme est aux sommets oi^i est montée Joséphine? Avoir été le premier amant d'une Impératrice-Reine, cela n'est-il point rare et ne convient-il pas de rester sur un tel souvenir? Ne fautil pas s'en parer? Ne peut-on, môme s'il est inexact, et qu'on l'ait seulement imaginé, en tirer l'agréement vaniteux d'une longue vie? Et, pour la femme même, si confus qu'un tel amour puisse être 6n sa mémoire, ne se plaît-elle pas à l'idée qu'elle en a été l'objet, ne se trouve-t-elle pas ainsi reportée aux jours à jamais regrettés, n'est-elle pas flattée d'un hommage qui, en elle, s'adresse, non à la souveraine, non à la femme

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qu'elle est, mais à la jeune fille qu'elle a élé, tel qu'ainsi, l'acconipagnani à travers toutes ses fortunes, il semble lui rendre la joie de ses quinze ans?

Et s'il faut ainsi s'expliquer, c'est qu'en ce temps, Joséphine n'est point arrivée à sa beauté : une belle peau, de beaux yeux, de jolies extrémités, mais le corps lourd et sans grâce, la taille épaisse, une figure large, sans traits, avec un nez relevé et commun, rien de ce qui fera sa séduction et explique son triomphe. Jeune fille, telle que ses parents eux-mêmes la dépeignent, elle ne donne nulle idée de ce qu'elle sera plus tard, de ce qu'elle se fera par coquetterie, par désir, volonté, habitude de plaire. Son esprit n'est guère cultivé, mais, au couvent elle doit au moins une écriture assez élégante et une orthographe qui à ce moment n'est guère plus incorrecte que celle de ses contemporaines. Elle n'a point manqué d'entendre sa grand'mère, sa tante, son père, sa mère, parler des lointains parents, raconter les familles, dire les alliances oij l'on s'accroche comme à des espoirs; puis, on a énuméré devant elle les grands seigneurs de France qui ont quelque rapport avec les Iles, y ont des possessions, y ont pris femme, — c'est toute la Cour — et son imperturbable mémoire a retenu tous ces noms, tous ces rapports que ces êtres inconnus ont formés les uns avec les autres. Gela est une science et peut-être la plus nécessaire qui soit en une société polie. Elle a un filet de voix et chante en s'accompagnant de la guitare. Elle danse médiocrement, n'ayant eu qu'un mauvais maître, mais ne deman-

derait qu'à apprendre. D'ailleurs, fort douce de caractère, toute soumise à ses parents, tout aimable, toute prête à oblig'er, à s'empresser même, n'était sa paresse native, son bonheur à se tenir étendue et à rêver

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