‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796Chapitre 4 sur 13 · TASCHER ET BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

TASCHER ET BEAUHARNAIS

tinique épousé M"'" Jaham des Prés et s'était par là trouvé allié à ce qui était de mieux dans Tîle : les Giraud du Poyet, les Le Vassor, les Massé de Beauvoir et les Dyel du Parquet. Toutefois, ce Boureau de la Ghevallerie, dont le père est prévôt de la Maréchaussée de Langeais, semble de noblesse bien incertaine et son nom ne figure sur aucune des listes des nobles à la Martinique.

Cette demoiselle Boureau apporte à Gaspard- Joseph quelques biens au Garbet où il se fixe et dans File de Sainte-Lucie où il fait des voyages ; mais il ne réussit point dans ses entreprises, gère mal, a pire conduite, s'endette, « est réduit pendant longtemps à servir en qualité d'économe dans différentes habitations ». Exproprié, il quitte le Carbet, vient s'établir à Fort-Pioyal. Au moins a-t-il une nombreuse postérité : cinq enfants: deux fils: Joseph-Gaspard, né au Garbet en 1735, et Robert-Marguerite, né en 1740, et trois filles : Marie-Euphémie-Désirée, Marie-Paule et Marie- Françoise-Rose.

Pour les garçons, l'abbé de Tascher obtient de la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, des places de pages dans sa maison. Les preuves qu'ils ont à fournir sont admises par M. Glairambault le 4 août 1700, et en 1752, l'aîné, Joseph-Gaspard, déjà bien âgé, semble-t-il, pour profiter de cette faveur, car il a ses dix-sept ans, part pour la France et est reçu. Il reste peu dans la maison, se contente pour en

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sortir, au lieu de l'habituelle sous-lieutenance de cavalerie, d'un brevet de sous-lieutenant dans une compagnie franche de Marine à la Martinique ; brevet sans place, titre nu. Lorsqu'il regagne les Iles, en 1755, son frère cadet lui a déjà succédé : il n'y passera guère plus de temps, et, à sa sortie, entrera dans la Marine.

Ainsi telle la situation en 1766, trente ans après l'arrivée : point d'argent, point de réputation, la misère obligeant à des métiers qui feraient déchoir ; toutefois , ce fait d'être né noble , qui, par un mariage, a déjà apporté une fois le salut, l'apportant encore pour l'éducation des fils, mis ainsi à portée d'une carrière. Restent les filles : les voici en pleine maturité: quinze, dix-huit, vingt ans, qu'en faire ?

En 1755, par un de ces habituels guet-apens qui constituent sa politique à l'égard de la France, la relient à travers les âges, et lui prêtent une si belle tenue pour la continuité des desseins et la similitude des procédés, l'Angleterre, en pleine paix, fait, dans les parages de Terre-Neuve, attaquer deux vaisseaux français, VAlcide et le Lys, par les dix vaisseaux de l'amiral Boscaw^en. En même temps se déroule un plan général d'attaque contre toutes les colonies françaises. Le Roi a besoin aux Antilles d'un homme d'énergie et, par provisions du i" novembre 1756, il nomme à la place de « gou-

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verneur et lieutenant général des îles de la Martinique, la Guadeloupe, Marie-Galande, Saint-Martin, Saint-Barthélémy, la Désirade, la Dominique, Sainte-Lucie, la Grenade, les Grenadins, Tabago, Saint-Vincent, Cayenne avec ses dépendances et les îles du Vent de FAmérique », Messire François de Beauharnais, major de ses Armées navales, qualifié haut et puissant seigneur, baron de Beauville, seigneur de Villechauve et de Monvoy, etc., etc., etc. M. de Beauharnais, établi presque souverain en ces colonies, chargé de la terrible responsabilité de les défendre contre la menace anglaise, est un homme de quarante-deux ans , qui sert depuis vingt-sept sans grand éclat. Garde-marine en 1729, enseigne en 1733, lieutenant de vaisseau en 1741, chevalier de Saint-Louis en 1749, capitaine de vaisseau en 1701, major des Armées navales en 1704, il a, malgré cette facilité à gagner ses grades, peu quitté Rochefort où il est né et où, en dernier lieu, il est établi major de la marine. Nulle action de guerre, mais, dit-on, « c'est un sujet aimé et estimé dans son corps; il est d'un caractère doux et liant; il a du talent; il s'est toujours conduit avec beaucoup de sagesse, il a bien rempli toutes les missions dont il a été chargé et, d'ailleurs, son nom est aussi connu dans le service des Colonies que dans celui de la Marine ». Un tel rapport est d'un ami, et qui s'aviserait de contredire le tout-puissant M. iBégon, premier commis de la Marine, qui, sous ces ministres essentiellement instables — six

en dix ans : Rouillé, Machault, Peyrenc de Moras, Massiac, Lenormand de Mezy, Berryer, et aucun du métier — est le maître véritable.

M. de Beauharnais, qui n'est point encore marquis — sa châtellenie, terre et seigneurie de la Ferté-Aurain, dans l'élection de Romorantin, à sept lieues de Blois, ne sera érigée en marquisat que par lettres de 1764, — mais auquel déjà il semble qu'on en donne le titre, appartient à une famille qui n'est connue dans l'Orléanais que depuis l'extrême fin du xiv^ siècle (iSgo) et qui, alors, n'était point d'épée : On se demande même, et à bon droit, si elle était noble. Dans le doute, le Beauharnais s'abstient non sans adresse, de solliciter ce qui demanderait des preuves. Ses ancêtres ont presque tous porté la robe et une robe galonnée de finance : maîtres des requêtes de l'Hôtel, présidents et trésoriers généraux de France au Bureau des finances d'Orléans, contrôleurs de l'Extraordinaire des guerres , présidents au Présidial d'Orléans, conseillers au Parlement de Paris ; ils ne s'y sont point ruinés et ont fait de bonnes alliances avec les Nesmond, les Bonneau, les Rousseau, les Phélypeaux, gens riches et graine à ministres.

Au XVII® siècle, un cadet de la famille s'est pris de goût pour la marine et est parvenu, en 1640, à commander un navire dans la flotte de l'archevêque de Bordeaux. Cet exemple et, bien plus, la certitude de trouver des protecteurs assurés en les cousins

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