‹ Joséphine de Beauharnais, 1763-1796Chapitre 5 sur 13 · TASCHER ET BEAUHARNAIS · texte numérisé non relu

TASCHER ET BEAUHARNAIS

Phélypeaux, qui, durant deux siècles presque, de 1610 à 1781, tiennent au moins un des quatre offices de secrétaires d'Etat, et gardent toujours la haute main sur la Marine remplie par eux de leurs cousins, alliés et protégés, détermine tous les jeunes gens de la génération suivante, et cinq se trouvent en même temps sur les vaisseaux du Roi : un arrive intendant général des Armées navales et, en sa faveur, le Roi, par lettres du aS juin 1707, érige en baronnie, sous le nom de Beauville, la terre et seigneurie de Port-Maltais , à la Côte d'Acadie, dont antérieurement il lui a fait don ; trois se retirent capitaines de vaisseau et chevaliers de Saint-Louis, et enfin, celui qu'on appelle le marquis parvient, après une belle et brillante carrière, au grade de lieutenant général des Armées navales et à une commanderie de Saint-Louis. Du coup, en une génération, les Beauharnais ont conquis leur place ; ils ont rendu leur nom, ainsi multiplié, populaire dans l'armée de mer; s'aidant, s'appuyant, se soutenant l'un l'autre, s'étayant du crédit des Phélypeaux et des Bégon, leurs parents, ils ont trouvé la fortune favorable et n'ont garde de ne point engager dans ce bon métier les fils qu'ils ont.

François de Beauharnais, celui qui, le i3 mai 1757, débarque en gouverneur à la Martinique, est •le fils aîné de Claude, l'un des capitaines de vais-

seau et d'une demoiselle Renée Hardouineau dont la mère s'est remariée à celui qu'on nomme le marquis de Beauharnais, le lieutenant général des Armées navales. Comme neveu de l'un et petitfils de l'autre, il leur succédera ainsi dans un hôtel à Paris, rue Thévenot, où le marquis est mort en 1749- Il amène avec lui sa jeune femme, née Pyvart de ChastuUé, qu'il a épousée six ans auparavant. Elle est sa cousine, ayant elle-même pour mère une Hardouineau, et elle lui a porté une part et de beaucoup la meilleure de la grosse fortune de ces Hardouineau qui ont des habitations importantes à Saint-Domingue. M. de Beauharnais en possède aussi personnellement, qui lui proviennent d'un de ses oncles, capitaine de vaisseau, mort célibataire au Petit-Goave en 1741. Mais il a déjà fortement écorné son propre bien. De sa femme il a eu deux fils, dont un seulement est vivant : François, né à la Rochelle l'année précédente.

Quel rapport peut s'établir entre ce grand seigneur arrivant en maître dans les terres de son gouvernement, riche par sa femme à 100 000 livres de rentes, en dehors des bienfaits du Roi et de son traitement de i5o 000 livres, et ces Tascher qui vivent à grand'peine, en un coin de l'île, sans position, sans fortune, déconsidérés et perdus de dettes ?

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Sans doute, ils sont, à l'origine, de la même province, et M. Tasclier n'a point manqué de se faire recommander ; son nom est bon et a du relief près d'un compatriote de noblesse moins sûre. Peut-être même — quoique l'on n'en ait rien trouvé — existet-il entre les deux familles quelque lointaine alliance, mais, cela étant, tout devrait se borner sans doute, de la part de M. de Beauharnais, à un bon accueil et à quelques vagues promesses ; il n'en est pas ainsi et l'on a mieux : des femmes vient en effet l'effective protection, mais c'est d'une vivante, non des mortes.

Gaspard-Joseph, on Ta vu, avait trois filles : par quelles intrigues, à quel titre, parvint-il à faire entrer l'aînée, Marie-Euphémie-Désirée, dans la maison de M. de Beauharnais ? Servante relevée, demoiselle de compagnie, on ne sait. En tout cas, elle sut vite s'y faire sa place et s'y élever, puisque, l'année d'après, elle y était établie en pied, logeait au Gouvernement et jouissait, sur le gouverneur général et sur sa femme, d'un crédit qu'on disait sans limites. M. de Beauharnais pensait à lui faire faire un beau mariage et elle y pensait surtout. D'abord on visa un M. Gilbert Voisin de Véronne, commandant des troupes détachées à Saint-Pierre, riche propriétaire de la Guadeloupe; mais il ne se laissa point prendre et il accusa tout net le marquis de Beauharnais d'avoir essayé de le déshonorer en

lui faisant épouser sa maîtresse. Il fallut déchanter. Le marquis et la marquise firent alors l'effort d'attirer au Gouvernement un sieur Alexis-Michel-Auguste Renaudin dont le père, assez considéré dans la colonie pour y avoir reçu, avec le grade de major, le commandement de toutes les milices, possédait une belle habitation au quartier du Lamentin et des biens considérables à Sainte-Lucie. Alexis Renaudin était jeune, bien tourné, d'une famille militaire qui, sous Louis XIII, avait fourni un lieutenant général des Armées ; par sa mère, née Raguienne, il tenait à ce qui était le plus ancien dans l'île, un Raguienne étant, dès 1691, membre du Conseil souverain, de même que, par sa sœur, mariée à M. de Saint-Légier de la Saussaye, qui prenait du marquis, il se rattachait à ce qui était le plus qualifié : proie désirable. Quoiqu'il fût, paraîtil, de vie débordée et qu'il eût mérité, étant allé en France pour occuper, dit-on, une charge de conseiller au Parlement de Bordeaux, que son père, lequel l'accusait d'avoir voulu l'empoisonner, obtînt contre lai une lettre de cachet et le fit, quatre années durant, enfermer au château de Saumur, il fut attiré, reçu, désiré au Gouvernement. M. de Beauharnais l'employa comme une sorte d'olRcier d'ordonnance, lui ménageant ainsi les moyens de voir Désirée et d'en devenir amoureux. Cela lit une grosse affaire, les parents de Renaudin ne voulant point d'un tel mariage, alléguant, non pas le défaut de fortune d'Euphémie, mais « l'incon-

duite du père et le désordre public de ses affaires et les reproches qu'on faisait publiquement dans Tîle à M"® de la Pagerie d'avoir abusé dans plusieurs circonstances de son crédit auprès de M. et M™^ de Beauharnais pour obtenir d'eux des grâces qui avaient excité les plus vives plaintes ».

Devant le refus de M. et M'°' Renaudin, il n'y avait qu'à manœuvrer et ces manœuvres occupèi'ent singulièrement le Gouverneur, qui pourtant à ce moment aurait dû avoir d'autres soucis.

Les Antilles étaient un des objectifs des Anglais, et, pour les mettre en défense, que de soins il aurait dû prendre, et combien il avait peu de temps !

Or, si, à la Martinique, quelque terre avait été remuée, à la Guadeloupe et dans les autres possessions, pas un préparatif n'était fait lorsque, le i5 janvier 1709, l'amiral Moore, avec dix vaisseaux, autant de frégates, quatre galiotes à bombes et près de 8000 hommes de débarquement, parut devant Fort-Royal. Le 16, il mita terre une partie de ses forces ; mais, grâce à d'heureux hasards bien plus qu'aux bonnes dispositions du Gouverneur, il fut repoussé. Les colons volontaires firent brillamment le coup de fusil ; la garnison se tint bien ; l'équipage du Florissant^ seul vaisseau en rade — car, la veille, M. de Beauharnais avait jugé à propos de renvoyer en France Y Aigrette et la Bellone^onr annoncer qu'il était attaqué — fournit des secours

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opportuns ; et, sans autrement insister, dans la nuit du 17 au 18, les Anglais rembarquèrent. Le 19, ils parurent devant Saint-Pierre, échangèrent quelques coups de canon avec les batteries, puis, reprenant le large, passèrent, le 21, le canal de la Dominique et, le 22, se présentèrent devant la Basse-Terre de la Guadeloupe.

Soit que leur attaque de la Martinique n'eût été qu'une diversion, soit qu'ils eussent jugé la Martinique fortement occupée et qu'ils pensassent trouver à la Guadeloupe une conquête plus facile, c'était là qu'ils portaient leur sérieux effort, là donc que le Gouverneur général devait courir.

Certes, il n'eût pu sauver la Basse-Terre : le 22, après huit heures de bombardement, les forts et les batteries avaient été réduits au silence et évacués ; le 23,1e bombardement avait continué contre la ville désarmée, des ruines de laquelle les Anglais avaient pris possession sans combat. Mais, la ville conquise, restait l'île. Sans doute, Nadau du Treil qui commandait en qualité de lieutenant du Roi, n'avait guère que 4000 hommes, dont moitié troupes de marine et milices et moitié nègres armés fournis par des propriétaires ; mais il avait pour auxiliaire le climat, qui, dès les premiers jours, jetait bas cinq cents Anglais dont Hopson, leur général, et qui continuait à ravager les effectifs. Il ne pouvait compter se sauver lui seul, mais il donnait au gouverneur général le temps de réunir ses moyens, de les porter sur l'armée anglaise

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affaiblie et de l'écraser. M. de Beauharnais avait mieux à faire. Un mois, deux mois se passent. Un temps il a pu alléguer qu'il manque de navires pour transporter ses troupes. Mais, à dater du 8 mars, plus de prétexte : l'escadre aux ordres de Bompard est arrivée à Fort-Royal, et c'est huit vaisseaux et trois frégates. Or, il faut encore à M. de Beauharnais six semaines pour se déterminer. Le 23 avril seulement, il fait voile avec l'escadre, qu'il a renforcée du Florissant et d'une douzaine de corsaires. Le 27, il arrive à la Guadeloupe où, sans obstacle, il débarque ses troupes; mais là, il apprend de quelques colons que, la veille, 26, Nadau du Treil a capitulé avec les Anglais. Il interroge un ou deux habitants, se flaisse dire qu'ils ne sont point disposés à reprendre les armes, se fait délivrer par eux une sorte d'attestation, et, sans rien tenter, sans un combat, sans une escarmouche, il rembarque son monde. Il n'attend pas l'escadre, il monte de sa personne sur un bateau corsaire, le Zomby^ débarque, le 2 mai, au Prêcheur d'où, par terre, il se rend à Saint- Pierre.

En vérité, pourquoi ces retards d'abord, pourquoi ensuite cet étonnant empressement si M. de Beauharnais n'a point quelque motif d'importance? On prétend à la Guadeloupe que, s'il a tant tardé, « c'est pour un intérêt particulier et de famille, les noces d'un fils que le Gouverneur général ne voulait pas retarder » : mais M. de Beauharnais n'a

point de fils en âge d'être marié ; à ce bruit pourtant, il est quelque apparence, puisque ce sont les noces de M"^ Euphémie de la Pagerie qu'on a conclues. M. Renaudin père est mort quelques jours auparavant. Renaudin fils doit faire partie de l'expédition annoncée. Il est venu le 21 prendre congé de M"^de la Pagerie : grande scène : — « Tantôt, elle voulait retenir son amant et l'empêcher de s'exposer aux dangers qui le menaçaient, tantôt, elle l'encourageait elle-même à aller cueillir des lauriers dont elle devait partager la gloire avec lui. Renaudin, ému, attendri, lui répond que, puisqu'elle lui en faisait une loi, il irait où son devoir l'appelait, mais il pouvait lui arriver malheur et il voulait qu'au moins elle portât son nom. » Tout de suite, contrat passé : M"*" Renaudin mère ne refuse point sa signature, mais elle signifie qu'elle substitue tous ses biens aux enfants à naître du mariage et, à leur défaut, aux enfants de sa fille, M"'" de Saint- Légier de la Saussaye. Ensuite, toujours le 22, le mariage. Voilà pourquoi l'escadre n'a fait voile que le 23 ; voilà pourquoi la Guadeloupe a été conquise par les Anglais; voilà pourquoi, sans s'arrêter à la reprendre, M. de Beauharnais est si pressé de revenir.

Désormais, au Gouvernement, le pouvoir de la jeune M""" Renaudin paraît plus grand encore. Par elle, sa cadette, Marie-Paule, trouve un mari en la personne de M. Lejeune-Dugué, ancien mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, d'une famille Le-

jeune de Malherbe, ancienne et assez riche. Par elle, son père obtient un commandement dans les milices ; son frère, employé comme lieutenant des canonniers gardes-côtes, est pris pour aide de camp par le Gouverneur ; bref, tout irait au mieux si Renaudin se montrait d'aussi bonne composition que les Tascher ; mais il a sans doute lieu d'être moinssatisfait. On afïïrme qu'il marque son déplaisir d'une manière frappante : mais il n'hésite point à répondre que, la protection et les grâces du Gouverneur lui coûtant son honneur, il a eu peine à en prendre son parti.

Cette vie eût pu se prolonger encore sans le scandale de la Guadeloupe : Beauharnais avait, dans son rapport, rejeté tous les torts surNadau du Treil et ses officiers : il reçut un ordre de les mettre en jugement. Le i5 janvier 1760, un conseil de guerre condamna Nadau du Treil et de la Potherie, lieutenants de Roi, à être cassés et dégradés à la tête des troupes et des milices sur la place de Fort-Royal, puis à être conduits en France pour y être enfermés à perpétuité. D'autres officiers furent cassés et dégradés. Mais les uns et les autres ne manquèrent pas de se défendre et d'accuser le Gouverneur général ; Bompar, mis en jugement à son retour en France, montra les ordres qu'il avait reçus : malgré les appuis qu'il avait à la Cour, Beauharnais fut destitué, remplacé par un chef d'escadre, M. Levassor de la Touche qui, originaire de la Martinique, se faisait fort de défendre

la colonie. Il arriva par un navire marchand le 29 janvier 1761.

Les griefs de tous genres que les habitants avaient fait valoir contre M. de Beauharnais étaient de telle gravité que, sans les protecteurs qu'il s'était ménagés, la destitution eût été sa moindre punition ; on n'avait pas manqué de fournir des preuves du crédit qu'avait obtenu jVP° Renaudin, et la conduite de l'ancien gouverneur confirma tout ce qu'on avait pu dire. Rappelé, remplacé, voyant un autre jouir de ces honneurs où il se plaisait et préposé à ce poste de danger qu'il n'avait point su garder, tombé ainsi de toute sa hauteur morale et, si l'on peut dire, de toute sa hauteur physique, M. de Beauharnais ne put se résoudre à quitter la Martinique. La grossesse de sa femme lui servit un temps de prétexte, sinon d'excuse : mais, le 28 mai, M""^ de Beauharnais accoucha d'un fils qui fut ondoyé le 10 juin et reçut les noms d'Alexandre- François-Marie; et M. de Beauharnais ne partit point. Qu'attendait-il et qui le retenait?

Ce n'était pourtant plus M"*" Renaudin : choisie par M. de Beauharnais pour assister comme marraine le jeune Alexandre en son ondoiement. M™* Renaudin s'était, le jour même où cette cérémonie avait été célébrée, le 10 juin, embarquée avec son père sur le vaisseau du Roi le Vaillant, afin d'aller en France soutenir contre son mari, parti déjà depuis quelque temps, toute une série de procès criminels où M. de Beauharnais n'eût pu impunément paraître.

N'accusait-elle point Renaiidin de l'avoir voulu empoisonner et n'affirmait-elle point, à preuve, avoir trouvé de l'arsenic dans la poche d'une de ses vestes de bazin. A quoi Renaudin, peu chanceux, à moins qu'il ne fût décidément empoisonneur patenté, répondait que, étant en deuil de son père, il ne portait depuis trois mois que des vestes noires. D'ailleurs, il se rebiffait, et de l'hôtel garni, à l'enseigne de Saint-Antoine où il était descendu, rue Traversière Saint-Honoré, il avait, le 4 juin, lancé contre sa temporaire épouse, une plainte reconventionnelle disant que, durant qu'il était « passé en France pour des raisons qu'il expliquerait en temps et lieu », Madame, retirée chez ses parents sous le prétexte du prétendu empoisonnement, s'était transportée sur l'habitation provenant du beau-père récemment décédé, accompagnée de son père M. Tascher, et des sieurs Cardon et Mossé, avait forcé et fait forcer les portes des appartements et des armoires, enlevé et fait enlever tous les effets appartenant à la succession et même personnellement à son mari. Il ouvrait en même temps son portefeuille à un avocat qui rédigeait un mémoire en séparation de corps et de biens, s'appuyant sur les relations de M™^ Renaudin avec le marquis de Beauharnais.

Il faut croire que chez celui-ci l'amour était à ce point impérieux, que l'opinion publique ne comptait point, puisque c'était cette femme, publiquement accusée d'adultère et de vol qu'il choisissait

pour marraine de son fils ; il n'avait pu l'accompagner, mais il pouvait si peu se passer d'elle que, à peine avait-elle fait voile, il lui écrivait le 26 juin : « Que de choses j'aurais à vous dire, Madame, s'il était question de vous faire part de toutes les inquiétudes que nous avons eues à votre sujet et pendant votre voyage. Mais vous connaissez mes sentiments pour vous ; ainsi, vous êtes bien persuadée qu'elles sont grandes et qu'elles ne seront calmées que lorsque nous serons à portée d'avoir par. vous-même de vos nouvelles.

« En France, que nous dirons de mal de ce paysci, Madame... »

Ce ne fut que le 17 avril 1761 que M. et M™^ de Beauharnais quittèrent à la fin la Martinique. Pour ne pas exposer le petit Alexandre aux hasards d'une traversée, peut-être pour avoir prétexte de payer une pension, on le laissa aux soins de jyjme Taschcr, mère de M"'® Renaudin.

Cela faisait une belle bravade.

Qu'advint-il pourtant des plaintes réciproques du ménage Renaudin ? L'on est médiocrement renseigné sur les aventures de ce gentilhomme postérieurement à 1779; néanmoins, on peut être assuré qu'il ne donna point suite à ses projets de séparation, ou, tout le moins, que M"*^ Renaudin conserva entiei's les avantages qu'elle avait reçus lors de son mariage : le 5 avril 1777, quand M. Renaudin vendit à son neveu M. de la Saussaye les droits qu'il possédait sur l'habitation du La-

MADAME RE.NAUDIX

mentin, il stipula que, après sa mort, il serait payé à sa femme une somme de 175217 livres 6 sols 9 deniers, dont 14078 pour intérêts, 40000 pour douaire et 121 149 livres 6 sols 9 deniers pour principal. Il se réservait sa vie durant l'intérêt de ce capital et M""^ Renaudin, par un de ses frères chargé de sa procuration, accepta cet arrangement. Cette somme de 121 000 livres devait reparaître fréquemment par la suite, mais toujours à l'état d'espérances.

N'importe, il est surprenant que, à une femme qu'il accuse d'adultère et qui l'accuse d'empoisonnement, Renaudin ait fait don même d'une espérance... à moins que M. de Beauharnais qui malgré tout était à ménager n'eût découvert quelque nouveau pot aux roses.

Avant son départ, M. de Beauharnais avait encore, semble-t-il, procuré un bon parti à l'aîné des Tascher, l'ancien page de la Dauphine, le lieutenant des canonniers et bombardiers gardes-côtes. Par devant le frère Yves, capucin, curé des Trois-Ilets, Joseph-Gaspard avait épousé, le 9 novembre 1761, M"® Rose-Claire Des Vergers de Sanois et c'était certes une fortune inespérée, car ce Des Vergers de Sanois ou de Maupertuis, d'une ancienne noblesse de Brie et que leur naissance mettait au moins de pair avec les Tascher, étaient des familles les plus vieilles et les plus considérées de la colonie. Etablis, dès 1644, à Saint-Christophe, où ils avaient suivi un oncle, le commandeur de Poincy, qui y était gouverneur pour le Roi, ils avaient pris une partactive à la défense de cette île contre les Anglais et lors-

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que, en 1690, elle fut définitivement conquise, ils avaient abandonné leurs biens et s'étaient retirés à la Martinique où, aussitôt, leur noblesse fut reconnue et enregistrée : ils s'y allièrent au mieux, fournirent plusieurs conseillers au Conseil souverain et possédaient, en 1761, une certaine fortune qu'avait augmentée à la dernière génération un mariage avec une demoiselle Marie-Gatherine-Françoise Brown, fille d'un Antoine Brown ^, qui se qualifiait écuyer et d'une Catherine Des Vergers de San ois. Toutefois, il ne faut rien exagérer : si parle contrat passé le 9 novembre 17Ô1, Joseph- Gaspard était dit apporter 24100 livres qu'il eût certes été empêché de montrer, M"° de Sanois apportait personnellement i8 3oo livres provenant de ses épargnes ; de plus, elle recevait de ses parents 3 000 livres de rentes, au capital de 60 000 livres exigibles au décès de ses père et mère ; et en attendant nourriture, logement, et entretien chez les beaux-parents. Rose-Glaire passait donc à bon marché pour une héritière, et étant née le 27 août 1786 et ayant passé vingt-cinq ans, elle n'avait point à se rendre difficile.

A ce mariage, célébré au Trois-Ilets, n'assiste, il faut le remarquer, aucune des autorités de la colonie : ni gouverneur, ni intendant, ni lieutenant de Roi, ni conseillers au Conseil souverain. M. Tascher, le père, ne figure point dans l'acte —

1 On a dit : Antoine Brown devait appartenir aux Brown. d'Irlanrie, Yicomte de Montaigne. Cela reste à prouver.

te qui confirme qu'il avait, comme on le dit, accompagné en France M"® Renaudin. — Les témoins, M. Ganteaume, commandant au quartier des Trois- Ilets ; M. d'Audifrédy, capitaine de cavalerie; M. Girardin, ancien officier ; M. Assier fils, major de la compagnie des volontaires, sont des voisins tout proches ou des parents, dont plus tard on retrouvera les noms.

Rien qui sorte de l'ordinaire, quoique l'un des frères de la mariée soit membre du Conseil souverain, quoiqu'un cousin, M. Girardin deMontgérard, remplisse auprès du même Conseil les fonctions de procureur général. Est-ce donc que la famille de Sanois voit de mauvais œil un tel mariage, que, hormis père et mère, nul n'y paraît?

Que faut-il encore penser des qualités données aux parties et n'en doit-on pas tirer quelque induction ?

Les la Pagerie se qualifient chevaliers, seigneurs de la Pagerie; M™® de la Pagerie se dit Demoiselle Ql l'on ne donne que du messire à M. de Sanois, sans nul titre à sa femme. En ce temps, cela a son importance.

Joseph-Gaspard, qui, étant né en lySS, est à peine d'un an plus âgé que sa femme, s'établit aux Trois-Ilets chez ses beaux-parents qui y possèdent une jolie habitation et qui ont de plus des terres à Sainte-Lucie; mais, à peine quelques mois écoulés, il est, en sa qualité de lieutenant de canonniers, appelé à défendre la colonie contre une nouvelle

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descente des Anglais. Le gouverneur, M. Levassor de la Touche, originaire de la Martinique, ayant épousé une créole, M"® de Rochechouart, connaissant au mieux toutes les ressources, le fort et le faible de l'île, a utilisé tous les moyens, groupé tous les éléments de défense, organisé les bataillons de milice, créé des compagnies de flibustiers et de cadets de famille, même armé un régiment de nègres d'élite. Moyens de transport, approvisionnements, batteries de côtes, il a tout prévu, tout préparé ; et ses dispositions n'ont pour l'efficacité nul rapport avec celles prises deux ans auparavant par M. de Beauharnais; mais il n'a, au total, que I 000 hommes de troupes réglées — 700 grenadiers royaux et 3oo soldats de marine — et l'expédition qui se dirige sur la Martinique se compose de dixhuit vaisseaux de ligne, douze frégates, quatre galiotes à bombe et environ deux cents navires ayant à bord 20 000 soldats !

Le 7 janvier 1762, les Anglais sont signalés; le 9, ils débarquent i 200 hommes à Sainte-Anne, mais y échouent un vaisseau de ligne qu'ils incendient et, après trois jours d'escarmouches où ils perdent soixante hommes, ils sont contraints par les milices de se rembarquer. Le i3, nouvelle descente de 2000 hommes aux Anses d'Arlets; les grenadiers royaux et les milices prennent encore l'avantage; mais, bien que débusqués de leur première position, les Anglais gardent pied. Le 16, leur flotte entière paraît devant la baie de Fort-

Royal, ouvre le feu et, durant dix heures, bombarde les batteries de défense qu'elle rend intenables ; puis, le vrai débarquement s'opère; le 17, il est terminé et, munis de leur matériel, les Anglais occupent les points dominants : ceux que les Français gardent encore leur sont successivement arrachés et le bombardement de la citadelle et de la ville commence. Il dure huit jours et se termine par une capitulation honorable. Le Gouverneur général, décidé à tenir jusqu'au bout, a, du Lamentin, gagné les hauteurs du Gros-Morne, où il compte, avec quelques forces qui lui restent, prolonger la défense jusqu'à ce qu'il reçoive de France les secours annoncés ; mais les habitants, découragés, craignant la ruine et l'incendie de leurs propriétés, se hâtent de signer avec les Anglais des capitulations isolées. Réduit à un seul quartier dont les habitants refusent de se défendre, la Touche capitule à son tour le i3 février; le i5, la capitulation est définitive et, vingt-cinq jours après, le 8 mars, arrive l'armée de secours : 9 000 hommes, montés sur onze vaisseaux et quatre . frégates aux ordres du comte de Blénac. Il est trop tard.

M. de la Pagerie avait suivi jusqu'au bout la fortune du Gouverneur. Chargé, a-t-il dit lui-même par la suite, du commandement d'une batterie à la Pointe-des-Nègres, il y avait soutenu pendant neuf heures le feu de trois vaisseaux, et ne s'en était retiré que pour continuer la lutte aux batteries de Latapy et du morne Tartanson. Il ne s'était point

ensuite associé aux capitulations isolées des habitants, avait accompagné M. de la Touche dans sa marche sur Saint-Pierre et n'avait posé les armes que sur son ordre.

La conquête achevée, il retourna vivre aux Trois- Ilets où, le 23 juin 1768, sa femme /?05e accoucha d'une fille qui, cinq semaines plus tard, reçut au baptême, de son grand-père maternel Joseph des Vergers de Sanois, et de sa grand'mère paternelle, M«77e-Françoise Boureau de la Chevalerie de la Pagerie, les noms àe Marie-Joseph-Rose : c'est Joséphine.

Dans les trois années qui suivirent, M""^ de la Pagerie eut deux autres filles : Gatherine-Désirée, née le 11 décembre 1764 (nommée par son grandpère paternel et sa grand'mère maternelle) etMarie- Françoise, née le 3 septembre 1766 (nommée par son oncle maternel et par sa tante maternelle M""* Lejeune-Dagué).

La fantaisie qu'éprouva plus tard Joséphine de se rajeunir, certaines contradictions que l'on rencontre dans les pièces officielles et qui paraissaient inexplicables, ont fait discuter la date vraie de sa naissance, et, à suivre uniquement les textes, l'on eût été embarrassé. Outre un acte de décès en date du 16 octobre 1777, au nom de Gatherine- Désirée, l'on trouvait, en date du 5 novembre 1791, un acte d'inhumation au nom de Marie-Joseph-Rose : l'on en concluait, fort iiaturellement, que des trois filles de M. et M'^' de la Pagerie,

l'unique survivante était Marie-Françoise, née le 3 septembre 1766; tandis que défait, c'était cette Marie-Françoise qui était morte en 1791, et que Marie-Joseph-Rose vivait \

De 1761 à 1791, six curés, moines ou missionnaires, avaient successivement été chargés de la tenue des registres aux Trois-llets : le frère Marc, capucin, pouvait ne pas connaître les prénoms exacts de ses paroissiennes et prendre l'une pour l'autre. Sans doute, il semblait étrange que les

^ Il est totalement impossible de comprendre quoi que ce soit à la démonstration que M. le D"" Pichevin a tentée au sujet de l'identitication de Joséphine soit avec Marie- Joseph -Rose, dite Yeyette, soit avec Marie-Françoise dite Manette. La première partie est consacrée à démontrer que Joséphine est Marie- Françoise, la seconde qu'elle est Marie-Joseph-Rose. Commencées en réfutation de mes dires, ces pages se terminent par leur acceptation totale. Reste la question Bénaguette : j'ai émis une hypothèse, mais sans y insister. Je n ai point dit que Bénaguette fût la hlle de Joséphine; j'ai même dit exactement le contraire. Mais M. Pichevin n'a eu garde de dire de qui Bénaguette était la fille, et pourtant l'on affirme qu'il le sait. Une polémique sest engagée entre les descendants de Bénaguette, ou du moins leur porte-parole et M. le D"" Pichevin. Celui-ci soutenant que Bénaguette n'était de rien aux Tascher, qu'elle était mulâtresse, qu'elle était fille naturelle d'une Marie-Louise Bénaguette veuve Chanoit (?) demeurant à Rivière-Salée ; ceux-là affirmant que Bénaguette était la fille de Joséphine, qu'elle était blanche et que la veuve Chanoit (?) était un mythe. Je persiste à penser que Joséphine n'est point la mère de Bénaguette ; je ne tiens pas formellement à l'hypothèse qui pourtant permet seule d'expliquer comment un acte d'inhumation se trouva dressé au nom de Marie-Joscph-Rose ; mais je ne puis m'empêcher de croire qu'il y a en Bénaguette des Tascher, soit par Marie-Françoise, soit par Joseph-Gaspard, aussi mauvais mari que mauvais administrateur.

assistants, MM. Pocquet de Pulhery, d'Aiidifrédy, Cleùet,' Durand cadet, Jean Goujon et Tascher, qui avaient signé l'acte de sépulture, n'eussent point relevé l'erreur, mais lit-on les actes qu'on signe?

D'ailleurs est-on certain que ces prénoms n'eussent point été suggérés au frère Marc : d'un document, trop peu authentique pour qu'on s'y fie, trop affirmatif pour qu'on le néglige, il résulte que, le 17 mars 1786, une demoiselle Tascher serait accouchée, à Rivière-SaJée, d'une enfant du sexe féminin, qui aurait été tenue au baptême par ses grand-père et grand'mère, adoptée par M™* de la Pagerie et, après la mort de celle-ci, mariée le 12 mars 1808, à un sieur Blanchet, négociant à Fort" Royal. Il n'est pas douteux que cette enfant a existé : lors de la mort de M""* de la Pagerie et du règlement de ses affaires, en 1807, Decrès, ministre de la marine, écrivait, par ordre de l'Empereur, au préfet colonial : « La demoiselle de dix-huit ans, enfant trouvée, que M*"^ de la Pagerie avait recueillie et adoptée, sera mariée convenablement et elle sera dotée de 40000 à 60 000 mille francs, en supposant que cette somme puisse lui faire conclure un mariage plus avantageux qu'elle n'eût pu l'espérer si M""^ de la Pagerie avait pourvu à son établissement. » Le préfet colonial, par lettre du 2 avril 1808, rendit compte que, conformément à ces ordres et moyennant ladite dot de 60 000 francs, la demoiselle de dix-huit ans, qu'il nommait Marie-Bénaguette,

avait épousé, quelques jours auparavant, le secrétaire particulier du capitaine général, commis principal de la marine, âgé de plus de quarante ans, doué d'un caractère à rendre une femme heureuse et en état de faire valoir la fortune qu'elle tenait de la munificence impériale. »

Les dates fournies concordent avec une telle précision qu'il paraît bien difficile qu'il ne s'agisse pas ici de la même personne. Ce n'est pas Joséphine qui est accouchée à Rivière-Salée en 1786. car, à cette date, sa présence à Paris ou aux environs est constante. Est-ce donc que l'accouchée, dans un intérêt facile à comprendre, a pris les prénoms de sa sœur pour faire rédiger l'acte de baptême et que, pour le même intérêt, on les lui a conservés dans l'acte d'inhumation ? En tout cas, nul doute n'est possible sur la personnalité de Marie-Joseph-Rose et sur la date de sa naissance.

Joséphine était née française : en janvier 1763, la suspension d'armes entre les cours de France, d'Espagne et d'Angleterre avait été publiée à la Martinique; le 3i mars, la nouvelle du traité de Paris y avait été o^ffîciellement connue ; le 12 juin, la flotte française chargée de reprendre possession de l'île avait touché à Sainte-Lucie; le i4, l'intendant, M. de la Rivière, était venu demander la remise au commandant anglais, et, cette remise

étant effectuée, le nouveau gouverneur, le marquis de Fénelon, avait débarqué le 8 juillet. Aussitôt, M. de la Pagerie avait fait, près de la Cour, ses instances pour obtenir la récompense de ses services, et il avait sollicité, en même temps que sa réforme comme lieutenant de canonniers, une pension du Roi. Il en eut une de 45o livres. 11 fallait que le Roi fût riche ! Mais M. de la Pagerie avait à Versailles un bon avocat. M. de Beauharnais, depuis son retour en France, s'était intrigué pour retrouver la faveur des ministres, et, comme la bienveillance des bureaux lui était acquise, il avait réussi, non seulement à faire passer l'éponge sur les actes de son administration, — en particulier sur une certaine affaire d'approvisionnement de la Martinique qui avait été l'objet d'une dénonciation formelle de la part des habitants ; — non seulement à faire mettre en oubli, en ce qui le concernait, la responsabilité de la prise de la Guadeloupe et de ce qui l'avait précédé et suivi, mais, la paix survenant, à obtenir coup sur coup les grâces les plus flatteuses et les plus désirables : pension de 12 000 livres, grade de chef d'escadre des Armées navales, érection en marquisat, sous le nom de la Ferté-Beauharnais, de la châtellenie, terre et seigneurie de la Ferté-Aurain. en Sologne. Qu'eût-on fait de plus, en vérité, si, au lieu de perdre une colonie, il l'avait conquise ou simplement conservée?

Que M. de laPageriepût à son tour compter sur

la protection du nouveau marquis, comment en douter? A son arrivée en France, M""* Renaudin s'était, dit-on, placée quelque temps au couvent des dames Cordelières, rue de Grenelle-Saint-Germain ; puis elle avait pris un appartement rue Garancière ; et enfin, à Paris comme à la campagne, elle s'était mise à vivre publiquement sous le même toit que M. de Beauharnais, tandis que M""^ de Beauharnais qui, au début du moins, ne semblait point avoir de soupçons, qui, sans doute, avait la première à Fort-Royal attiré M"^ de la Pagerie et souhaité sa compagnie, qui même, dans la première année de son retour, avait encore des illusions, contrainte à la fin d'ouvrir les yeux, se retirait près de sa mère, à Blois, d'où elle venait de temps en temps faire quelque court séjour à Paris. On a dit qu'elle voulait à tout prix vivre seule et, pour le démontrer, on a donné quelques lettres où, à j\P^ Renaudin, « sa chère amie », elle demande comme une grâce que son mari lui laisse une de ses terres pour y vivre à son gré. Cela ne vient-il point de ce qu'elle ne voulait point vivre en tiers. Et cela est-il criminel? Cela paraît l'être d'autant moins que l'argent venait d'elle aussi bien que les terres et qu'elle bornait ses exigences à ne point vouloir vivre à Paris. Ce fut pourtant là que, dans un voyage, elle mourut le 5 octobre 1767. Désormais, M""® Renaudin était, sans lutte possible, l'unique maîtresse : elle n'avait pas seulement la main sur le marquis, mais sur sa maison et sur

5o JOSÉPHINE DE BEAUHARNAIS

ses fils, sur Alexandre surtout qui, demeuré si longtemps à la Martinique sous la garde de M""^ Tascher, était plus spécialement son pupille. Elle s'était impatronisée et, en femme de tète, elle prétendait se maintenir à perpétuité en possession de cette fortune où elle était installée. Pour cela, il lui fallait des appuis dans la place : il fallait qu'elle créât des obligations à la seconde génération : à Paris, elle était isolée, ne voyait personne, n'avait personne pour lui prêter aide et secours ; mais, là-bas, elle avait sa famille, frères, belles-sœurs et nièces, et ce fut de là qu'elle demanda des alliés, et ce fut avec de si médiocres moyens que son génie d'intrigue forma un plan qui devait, en assurant le sort des siens et son propre avenir, lui donner bien de l'argent et lui rendre même quelque considération.

La pension de 45o livres que M. de la Pagerie avait obtenue de la Cour venait d'autant mieux que, dans la nuit du i3 au i4 août 1766, un ouragan avait presque détruit son habitation. La maison fut ruinée, les plantations dévastées, sort commun d'ailleurs à l'île entière, où les pertes furent immenses. Quatre-vingts navires grands et petits furent jetés à la côte, quatre cent quarante personnes tuées, cinq cent quatre-vingts blessées. Ce fut un désastre. Aux Trois-llets, seul le bâtiment de la sucrerie résista ; on s'y installa tant bien que mal. M. de Sanois, qui mourut l'année suivante, laissa à sa veuve, par suite de l'ouragan et surtout, paraît-il, d'un fâcheux notaire, 3oo 000 livres, mais de dettes. C'était là le grand parti ! Les ressources que trouvera M. de la Pagerie ne lui

permettront pas, durant vingt-cinq ans, de rétablir une maison. C'est dans la sucrerie, à laquelle on a seulement ajouté une galerie du côté du midi et où l'on a disposé des chambres dans la partie supérieure, que l'on vit. La mer tout près, mais qu'on ne voit pas ; à un quart de lieue, le village, une cinquantaine de petites cases en bois autour d'une chapelle ; çà et là quelques habitations ; la plus proche à un M. Marlet ; Fort- Royal de l'autre côté de la large baie, loin, loin ! C'est là que Joséphine est nourrie par une mulâtresse appelée Marion, qui, plus tard affranchie par ordre de l'Empereur, reçut une pension annuelle de 5oo francs, portée à i 200 sur les instructions formelles de Napoléon * ; c'est là qu'elle

^ Yoici le texte de ce brevet en date du 20 septembre 1807 :

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