LES FÊTES DU SACRE
la Couronne : à dix, il eût été plus près du vrai. Son costume seal et celui de l'Impératrice ont pris i 123 000 fr, 44 ; les dépenses imputées sur des crédits spéciaux vont à sept millions et demi, et celles sur le budget ordinaire à plus de trois millions, sans compter ce qui est au compte de l'Etat : 1 500 000 francs ; au compte de la Ville : 1 745 646 francs, sans compter le million dépensé pour préparatifs en l'an XII, les H7 000 francs des deux tableaux de David, les 194 436 fr. 72 du Livre du Sacre, et les 45 000 francs de pension perpétuelle aux parents du Pape, et tous présents faits au Pape, aux cardinaux, aux monsignors, aux officiers, — sans compter le reste !
Et la journée du Sacre, cette inoubliable journée du {{ frimaire, unique en splendeur et en dépense, unique par son objet et par son retentissement, est suivie de toute une série de jours et de soirs de fête qu'offrent à l'envi tous les corps de l'Etat, fêtes où, seulement par les uniformes et les toilettes, Paris gagne des millions, où les chiffres deviennent impossibles à évaluer, car ce n'est plus d'un seul trésor, c'est de toutes les bourses que coule l'argent et, pour en donner idée, c'est assez de l'exemple d'un général de simple brigade qui, venu à Paris pour un mois y mange 33 000 francs, rien qu'à l'indispensable ! Une mansarde se paie 15 francs par jour et un coiffeur prend 60 francs pour une coiffure de dame.
Ce n'est rien, les réjouissances publiques, celles du 12 frimaire, étendues sur la ville entière, de la place
de la Concorde à l'Arsenal, avec les spectacles forains, les salles de danse, les mâts de cocagne, les jeux de bagues, les chars de musique parcourant les rues, les hérauts d'armes jetant au peuple les médailles du Couronnement, treize mille d'or, soixante quinze mille d'argent, les ballons enlevés de la place de la Concorde, et le colossal feu d'artifice sur le pont de la Concorde. Qu'on passe encore la fête de la Distribution des aigles, remise de deux jours à cause de la fatigue qu'a éprouvée Joséphine, la fête terrible, sous une pluie mêlée de neige qui tombe sans interruption durant trente-six heures, où les spectateurs transis, parapluie en main, finissent par se sauver ; où l'armée défile, lamentable à voir, dans le lac de boue qu'est le Champ de Mars; où l'Impératrice elle-même n'y peut tenir, quitte l'estrade, se retire avec la princesse Louis ; où tout est gâté des toilettes et des uniformes — bonne aubaine pour les passementiers et les couturières. Qu'on passe les grandes audiences solennelles que l'Empereur donne sur son trône à tous les corps de l'Etat en grand costume (un habit de sénateur coûte 2 400 francs et c'est presque autant pour les autres) ; qu'on passe l'ouverture de la séance du Corps législatif, grande occasion pourtant d'habillements somptueux ; il n'est à retenir que les fêtes que préside Joséphine, qui lui sont personnellement dédiées, qui ne sont point, comme la fête du Sénat, des fêtes populaires, mais des fêtes mondaines, extérieures si l'on peiit dire à la politique et où peut à souhait se déployer le luxe féminin.