‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 68 sur 104 · SÉJOURS DE JOSÉPHINE A CROISSY · texte numérisé non relu

SÉJOURS DE JOSÉPHINE A CROISSY

roule : à cette dernière allégation, nul ne résiste et, ce qui est le plus étrange, elle-même en paraît convaincue, et Napoléon n'en disconvient pas.

En cette maison qui est son bien, elle accourt, chaque fois qu'elle en a le loisir, chaque fois que l'Empereur est en voyage ou en campagne, et qu'elle ne se tient point obligée par ses inquiétudes, par sa santé ou par les ordres de son mari, d'adopter une autre résidence, chaque fois en un mot qu'elle a sa liberté d'esprit et d'action. Là, chez elle, elle satisfait ses goûts, elle déploie ses manies, elle étale son caractère : cette terre la raconte toute, la montre toute, telle qu'il convient de la voir : n'est-il pas vrai que pour juger des êtres, la connaissance des cadres qu'ils se sont composés est plus décisive encore que celle des milieux où, peut-être par hasard, ils se sont trouvés vivre et n'en sait-on pas plus d'une femme en inventoriant ses tiroirs qu'en essayant de deviner son âme?

Au temps où elle était Mme de Beauharnais, peut-être •'es le temps de sa lune de miel, à coup sûr tout de suite après sa séparation, Joséphine a fait connaissance avec le pays de Groissy, cette jolie campagne plaisante et verte, où la Seine s'attarde en décrivant ses courbes lentes au milieu des prés fleuris qu'a chantés Mme Deshoulières. Par-dessus les grands arbres de l'île, par delà la bande claire des prairies longeant la rivière, elle apercevais une maison à haute

toiture qu'entouraient des arbres, puis, çà et là, dans un enclos assez vaste, des potagers, des champs de froment, des vignes, des petits bois, distrayant l'œil de, l'échiquetage de leurs tons variés. A gauche, le massilj dénudé du mont Valérien fermait l'horizon, à droite les hautes collines boisées deLouveciennes et de MarlyJ piquées çà et là de la blancheur des villas et des palais, — un paysage qui n'a rien de mélancolique, qui semble décoré exprès pour les villégiatures des habitants d'une grande ville, où la nature n'a point d'àpretés sauvages ni de violentes beautés, mais où pourtant elle garde assez de robustesse et, dans ses bois, conserve assez de mystères pour que, à trois lieues de Paris, l'on puisse prendre l'idée qu'on est à la campagne.

Joséphine revient à Croissy en 1792, chez une de ses amies, Mme flosten ; elle s'y installe en septembre 1793 et y passe plusieurs mois : elle s'y naturalise, faisant connaissance avec quantité de gens, plaçant son fils en pension chez un menuisier du lieu, l'inscrivant dans la garde nationale. Y eût-elle échappé à la prison qui l'attendait? Non sans doute; Croissy était trop près, et, en même temps qu'elle à Paris, ses amis y étaient arrêtés.

A sa sortie de prison, encore Groissy ; puis, par intervalles, quand la vie où elle se lance lui en laisse le loisir, des parties dans la petite maison qu'elle a conservée et où Barras envoie des victuailles et ^.mène ses amis.

Bientôt, c'est le mariage avec Bonaparte, le voyage au travers de l'Italie conquise où elle est plus que

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