‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 71 sur 104 · ACHAT DE MALMAISON · texte numérisé non relu

ACHAT DE MALMAISON

esi du 11 venlôse an VII (1er mars 1799) et Ton passe contrat le 2 floréal (21 avril), Joséphine stipulant en son propre et privé nom, vu qu'elle est mariée séparée de biens. Le prix apparent, déclaré aux notaires pour les droits du fisc n'est que de 225 000 francs. Le mobilier monte à 37 516 francs que Joséphine paye comptant, sur la vente, dit-elle, de diamants et de bijoux lui appartenant, formule commode pour éviter d'énoncer l'origine des sommes. Barras a prétendu en avoir fourni une partie. Joséphine paye encore 9111 fr. 68 pour droits de mutation, mais, lorsqu'il s'agit de donner un acompte sur le principal, il ne lui reste rien et elle est obligée d'emprunter 15 000 francs au citoyen Lhuilier, qui est régisseur des du Moley et qui, moyennant ce prêt, s'assure sa place dans la maison. Trois mois après, le 15 messidor (3 juillet), elle obtient à grand peine de son beau-frère Joseph dépositaire de tous les biens du général, que ces 15 000 francs soient remboursés à Lhuilier, mais Joseph en tire quittance et privilège pour son frère.

Aussitôt le contrat signé, Joséphine s'installe. Elle a hâte de jouer à la dame de château, de se sentir chez elle en cette maison si longtemps et si ardemment convoitée. Et là, le premier hôte qu'elle installe, c'est le citoyen Charles, l'ex-adjoint aux adjudants généraux de l'armée d'Italie, Charles le boute-en-train, le calembouriste avec qui elle se plaît à prolonger tard dans lu nuit, sous les rayons indiscrets de ia lune, les promenades sentimentales dans

les grandes avenues. « Comme elle aime son frère l » disent des paysans de Rueil qui, passant pour porter leurs légumes aux Halles, la voient par la grille; d'autres, mieux informés, sourient.

Il faut vivre : la pension que fait le général est mangée d'avance et Joseph ne se prête point aux fantaisies de sa belle-sœur qui, de son côté, ne se résout point à vendre ses bijoux d'Italie dont elle pourrait trouver pour le moins 700 000 francs. Elle doit aux du Moley les intérêts des 210 000 francs ; elle doit à la Recette de Versailles les contributions foncières qui, de 6 931 en l'an IV ont été, il est vrai, abaissées, Tan V où le papier monnaie a cessé d'avoir cours, à 4 818 francs; elle doit à tous ses fournisseurs, elle doit à ses gens, elle doit à tout le monde, mais si, à des jours, elle s'inquiète, se désole, se répand en plaintes contre sa belle-mère, ses beauxfrères, son mari, qui la laissent manquer de tout, elle ne change rien à sa vie, elle ne diminue point son train, elle continue à acheter ce qui lui plaît et, aux dames des environs qui la viennent visiter, elle n'en montre pas moins avec une joie d'enfant, ses perles, ses diamants, ses camées, son écrin fait des dons plus ou moins volontaires de l'Italie et, dans ses salons, les tableaux, les statues, les mosaïques qui ont été sa part de la conquête et qui, entassés à la diable, semblent attendre la saisie.

Il est temps en vérité que Napoléon revienne d'Egypte car, un créancier malappris, et c'est la banqueroute, mais il arrive, et tout de suite, après la grande, la

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